(2008) (1) Repérer et traiter la dépression comorbide à la maladie d’Alzheimer

Publié le 16.05.2011 | Mise-à-jour le 30.06.2011 | par Laurent Panes

Si une telle association morbide est fréquente, peu de données de recherche sont disponibles pour guider sa prise en charge


C’est pourquoi l’auteur, un psychiatre, fait le point sur les problèmes de diagnostic et de traitement spécifiques à cette comorbidité.

Pour ce qui est du diagnostic, on estime la prévalence de patients suivis en institution pour une démence d’Alzheimer faisant l’expérience de dépression entre 30 % et 50 %, même si les estimations ont pu varier entre 1 % et 90 % [1] !

Parmi les facteurs augmentant le risque d’association morbide, on a relevé :

  • au moins un épisode dépressif antérieur, ou des antécédents chez un parent ;
  • le sexe féminin ;
  • un plus jeune âge d’apparition des signes de la démence.

Bien que l’étiologie de la dépression comorbide à la démence d’Alzheimer soit inconnue, quatre sous-types ont pu être identifiés :

  • trouble de l’adaptation ;
  • récidive d’un épisode dépressif antérieur ;
  • dépression vasculaire ;
  • dépression associée à la neurodégénérescence.

Le caractère organique des deux derniers pourrait rendre compte du fait que la dépression est souvent un des premiers symptômes de la démence.

L’obstacle sans doute le plus important pour un diagnostic de dépression est le chevauchement des symptômes des deux affections.
D’une part, beaucoup de symptômes propres à la dépression sans démence, comme la difficulté à penser et se concentrer, l’insomnie ou l’instabilité émotionnelle, sont fréquents chez des patients Alzheimer non déprimés.
D’autre part, des symptômes dépressifs tels que diminution de l’intérêt, fatigue ou hypersomnie, sont également caractéristiques de l’apathie, une manifestation neuropsychiatrique courante de démence.

La dépression susceptible d’accompagner la maladie d’Alzheimer a également un impact important sur l’entourage, contribuant à aggraver le fardeau de l’aidant naturel Aidant naturel Les aidants dits naturels ou informels sont les personnes non professionnelles qui viennent en aide à titre principal, pour partie ou totalement, à une personne dépendante de son entourage pour les activités de la vie quotidienne (...). . La dépression du patient est liée de façon étroite à celle de ses proches. Il a pu être établi cependant que des interventions comportementales, centrées sur le patient dépressif et impliquant la participation de l’aidant, pouvaient réduire le niveau de symptômes dans les deux populations.

Les études pharmacologiques pour cette population, étant donné le manque d’essais cliniques rigoureux, ont fourni des résultats contradictoires, hormis la mise en évidence d’un effet placebo important, et le caractère prometteur d’un antidépresseur, la sertraline.

L’auteur trouvait souhaitable de multiplier à l’avenir les essais thérapeutiques contrôlés.


Source :

Raskind M.A. (2008). Diagnosis and Treatment of Depression Comorbid with Neurologic Disorders. The American Journal of Medicine 121, S28-S37

Voir aussi nos entrées Chronisanté ;

  • Des proches reconnus théoriquement dans la prise en charge de malades chroniques : Aidant naturel.

[1] Dans les études de population générale, la proportion de syndromes dépressifs chez des malades présentant un trouble de type Alzheimer (TTA) serait de 20 %.