(2008) (2) Diagnostic et prise en charge de la dépression consécutive à un accident vasculaire cérébral

Publié le 27.05.2011 | Mise-à-jour le 30.06.2011 | par Laurent Panes

Bien qu’un lien entre AVC et dépression soit reconnu depuis longtemps, les études systématiques à ce sujet sont récentes.


C’est dans ce cadre que l’auteur, un psychiatre, présente une synthèse des travaux contrôlés relatifs au repérage et au traitement de la comorbidité entre accident vasculaire cérébral (AVC) et dépression.

Les estimations de la prévalence [1] de la dépression suite à un AVC (post-stroke depression) peuvent aller de 20% à 72%, selon les critères diagnostiques utilisés et la population de patients.

L’incidence [2] est également variable, bien que dans une moindre mesure. A l’hôpital, en service de soins aigus ou de réadaptation, ses taux s’élevaient, en 2003, pour les États-Unis, à 19,3% pour la forme majeure de dépression, et à 18,5% pour sa forme mineure. Dans la communauté, ils étaient respectivement de 14,1% et 9,1%.
Ces variations sont liées à une différence dans la longueur du suivi. Or une dépression peut se développer bien après la survenue d’un AVC. D’où la nécessité, pour les cliniciens, de rester très vigilants aux symptômes dépressifs se développant plusieurs années après l’évènement.

Les facteurs de risques d’une dépression suite à un AVC, chez les femmes, comprennent un plus jeune âge au moment de l’attaque, des antécédents psychiatriques et des troubles cognitifs.
Pour les hommes, la vulnérabilité est plus importante lorsque l’attaque survient à un plus jeune âge, et qu’elle entraîne des handicaps importants dans la vie quotidienne et sur le plan social.

La question étiologique qui a fait couler beaucoup d’encre a été celle de l’influence de la localisation de la lésion sur le développement ultérieur d’une dépression.
Ainsi, il y a plus de vingt ans, Robinson et al. ont relevé un risque plus important pour des patients chez lesquels l’attaque s’était produite dans l’hémisphère gauche du cerveau, et plus spécialement dans le pôle frontal antérieur.
De nombreuses études ont donc suivi et Bhogal et al., dans une revue de littérature, ont fini par mettre en doute la possibilité de tirer aucune conclusion des données, du fait de la grande variabilité des méthodes de diagnostic et des échantillons de population.

La question du diagnostic de dépression dans le contexte d’un AVC se complique, du fait du nombre de symptômes qui peuvent être attribués soit à l’atteinte neurologique, soit à la dépression : fatigue, retard psychomoteur, difficultés à se concentrer, diminution de l’appétit...
Parmi les symptômes considérés comme susceptibles d’appeler un diagnostic de dépression, on a une humeur dépressive, une perte d’appétit, des pleurs.

Par contre, l’apathie, des sentiments de culpabilité, le peu de conscience de soi et de son propre état, dans le contexte d’un AVC, sont des indicateurs moins fiables d’un trouble de l’humeur.

L’identification et le traitement de la dépression post-AVC est de la plus haute importance, dans la mesure où elle peut affecter de façon décisive la morbidité de l’attaque cérébrale et son issue.
Deux grandes études épidémiologiques menées aux États-Unis, il y a une dizaine d’années, ont même mis en avant le fait que la détresse psychologique (dépression, stress, trouble anxieux...) constituait un risque accru d’AVC.

Mais il existe peu d’études contrôlées sur le traitement pharmacologique de la dépression dans ce contexte. Les quelques études réalisées semblent cependant prometteuses.
Mais il est primordial, avant tout, de s’avancer dans la compréhension du caractère bidirectionnel de la relation entre dépression et accident vasculaire cérébral, afin de prévenir ce dernier, mieux traiter la dépression associée, et reconnaître les facteurs de risque pour ces deux pathologies.


Source :

Raskind M.A. (2008). Diagnosis and Treatment of Depression Comorbid with Neurologic Disorders. The American Journal of Medicine 121, S28-S37

Voir aussi notre entrée Chronisanté


[1] Nombre de cas d’une maladie donnée à un moment donné.

[2] Nombre des nouveaux cas observés d’une maladie donnée durant une période donnée.