(2008) Combattre le stigmate est une priorité majeure pour les défenseurs des malades mentaux

Publié le 08.04.2011 | par Laurent Panes

Contre-stéréotype : une stratégie d’information sur les résultats encourageants d’une prise en charge des troubles psychiatriques


Le stigmate associé à la maladie mentale peut entraver l’accès de la personne aux soins, au logement, à l’emploi... Favorisant le secret et l’isolement, il a pour effets une aggravation des symptômes et du stress, ainsi qu’une réduction de l’estime de soi. Et il arrive ainsi qu’il soit parfois considéré comme pire que la maladie elle-même.

La recherche a identifié plusieurs stéréotypes propres aux "théories" visant à justifier le stigmate, dont plusieurs contribuent à en faire une situation sans issue :

  • les malades mentaux seraient incapables d’assumer des responsabilités régulières, ils ne seraient pas fiables ;
  • ils seraient plus imprévisibles et plus enclins à la violence que les "non-malades", et/ou suicidaires ;
  • les traitements seraient le plus souvent inefficaces : quand on est fou, c’est pour la vie.

On retrouve ces stéréotypes chez des personnes de tout âge, y compris parmi celles atteintes de troubles psychiatriques.
Parce que c’est chez l’adolescent ou chez l’adulte jeune que se déclarent un grand nombre de ces affections, il est particulièrement important de les encourager à révéler leur condition lorsqu’elle se présente, et à chercher de l’aide.

Les auteurs de cette étude, des spécialistes en communication, ont mis à l’épreuve l’utilité et les limites d’une stratégie pour réduire l’impact chez ces derniers, des stéréotypes préjudiciables associés à la maladie mentale : l’approche en termes de contre-stéréotypes, issue de la recherche en psychologie Psychologie sociale.

Un stéréotype amène à faire des prédictions, qui peuvent se vérifier dans certains cas particuliers, mais qui sont généralisées de façon indue à toute une catégorie de personnes (dans le cas qui nous occupe, celles à qui on attribue l’étiquette "malades mentales"),
Lors d’une étude auprès de jeunes âgés de 14 à 22 ans, les auteurs ont pu vérifier que :

  • Sans l’information liée au contre-stéréotype, les sujets jugeaient des personnes dépressives comme moins compétentes (ne réussissaient pas dans leurs études), plus violentes et suicidaires que les autres ;
  • l’information sur le traitement de la maladie mentale une fois fournie, les jeunes gens révisaient leur jugement à propos des personnes traitées ; et les évaluaient donc comme plus compétentes, moins violentes et suicidaires que celles qui n’avaient pas été traitées.

La visée de la lutte contre le stigmate fait en général appel à l’introduction de nouvelles informations. Diverses stratégies sont possibles, mais certaines, comme celle consistant à convaincre le public que la maladie mentale était une maladie comme les autres (une atteinte biologique du cerveau), ont eu l’effet inverse à celui prévu. En effet, une telle conception impliquait l’irréversibilité de la maladie mentale, ce qui accentuait encore le stigmate, au lieu de le réduire.
L’approche en termes de contre-stéréotypes, sur ce point, montre sa supériorité.
Mais il faut bien garder à l’esprit que la pensée stéréotypée ne constitue qu’une partie des effets préjudiciables du stigmate, et que ceux-ci se manifestent également dans le comportement des autres envers les malades mentaux. Et on sait peu de choses pour l’instant sur les conditions dans lesquelles un changement d’attitude peut induire un changement de comportement.
Mais la réduction des stéréotypes est un premier pas important. Des campagnes d’information à grande échelle pourraient produire un climat d’opinion plus favorable envers la maladie mentale. Et favoriser la croyance en la possibilité d’un traitement efficace semble être un départ prometteur.


Source : Romer D, Bock M. (2008). Reducing the Stigma of Mental Illness Among Adolescents and Young Adults : The Effects of Treatment Information. Journal of Health Information 13, 742-758.

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