(2008) L’impact des maladies chroniques : les psychologues ont un rôle à jouer

Publié le 22.03.2011 | Mise-à-jour le 27.05.2013 | par Laurent Panes

La maladie chronique implique le plus souvent un travail d’adaptation de la part du malade et de sa famille : le concept de prévalence sociale


On sait peu de choses sur la prévalence [1] des maladies chroniques en général.

Les quelques enquêtes à avoir été conduites semblent indiquer qu’environ 30% de la population souffrirait d’une maladie chronique. Mais, pour ce qui est des personnes affectées, il faut revoir ce chiffre à la hausse.

Ainsi le médecin hollandais J.- A. Knottnerus a isolé le concept de "prévalence sociale", spécifiant que plusieurs personnes sont impliquées dans le vécu de la maladie et non seulement le patient lui-même. A partir d’un échantillon de 4 577 participants, dans une étude menée en 1992, il est arrivé à la conclusion, par projection, que 56% des personnes en population générale seraient affectées de façon significative par une maladie chronique.

Des auteurs américains se sont penchés sur cette question. Ils soulignent que la maladie chronique n’est pas forcément synonyme de problèmes d’adaptation psychologique. De nombreuses réactions constituent des façons saines de s’adapter à un état chronique. Mais elles cessent de l’être dès lors qu’elles commencent à interférer avec les tâches courantes de la vie quotidienne.

Ils identifient plusieurs ensembles de facteurs où l’intervention du psychologue apporterait une contribution décisive au succès de la prise en charge.

  • Les relations au sein de la famille (plus large que la notion d’aidant naturel Aidant naturel Les aidants dits naturels ou informels sont les personnes non professionnelles qui viennent en aide à titre principal, pour partie ou totalement, à une personne dépendante de son entourage pour les activités de la vie quotidienne (...). ) peuvent être profondément bouleversées par la maladie chronique de l’un de ses membres, avec pour conséquence un stress important chez chacun, risquant d’entraîner des complications psychologiques qui, à leur tour, peuvent influer sur ces relations familiales.
  • La qualité de la communication médecin-malade est décisive : pauvre, elle contribue à perpétuer incertitude et sentiment d’impuissance chez le malade. Au contraire, une bonne communication, qui informe et soutient le malade, lui permet, ainsi qu’à son entourage, d’assumer un rôle actif dans toutes les décisions relatives au traitement.
  • Il est toujours préférable de recevoir les malades et leurs proches dans un environnement de soins chaleureux et accueillant, où les procédures et traitements sont expliqués avant d’être appliqués. Dans le cas d’un enfant pour qui un traitement chirurgical s’impose, il est souhaitable qu’un parent soit présent au moment de l’anesthésie. Il devrait également être autorisé à rester dans la même pièce que l’enfant, lorsque l’angoisse nécessite d’être apaisée chez l’un et/ou l’autre.
  • Les croyances personnelles en matière de santé sont un autre facteur entrant en jeu dans l’adaptation psychologique de la personne, ainsi que celle des autres membres de la famille...

Aux États-Unis, une approche destinée à assurer une qualité de soins maximale pour les enfants ayant besoin d’une attention médicale spécifique (Special Health Care Needs) - comme c’est le cas de certaines maladies chroniques - est celle de la maison médicale (Medical Home). Ce concept se réfère à des services centrés sur la famille, accessibles sur le plan géographique et financier, qui offrent une continuité de soins, complets, coordonnés, prenant en compte l’aspect culturel. En France, la maison de santé pluridisciplinaire maison de santé pluridisciplinaire Ces maisons visent à offrir aux citoyens, sous le même toit, une prise en charge coordonnée par un regroupement de professionnels de santé : médecins, kinésithérapeutes, diététiciens, infirmiers, etc. Voir aussi le glossaire. est l’équivalent de la maison médicale [2].

Une formation spécifique aux maladies chroniques, et à leur impact psychologique sur les patients et leurs proches, devrait donc être prodiguée aux différentes professions de santé concernées. C’est tout spécialement vrai pour les psychologues, afin qu’ils soient bien conscients des questions à prendre en compte dans le champ de la prise en charge (évaluation, diagnostic, modalités d’intervention appropriées, prévention de la récidive...).


Source : Dobbie (M.), Mellor (D.) (2008). Chronic illness and its impact : Considerations for psychologists. Psychology, Health & Medicine 13(5), 583-590.

Voir nos entrées Chronisanté

Articles

Glossaire


[1] Nombre de cas d’une maladie, ou de tout autre problème de santé, dans une population définie à un moment donné. Voir le glossaire européen multilingue de santé publique sur le site de la Banque de données en santé publique (BDSP)

[2] Voir en particulier (2007) Cahier des charges pour une maison de santé pluridisciplinaire en France.