(2008) La consultation préconceptionnelle dans le cadre des maladies chroniques

Publié le 13.01.2011 | Mise-à-jour le 08.02.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

(2008) Consultations périconceptionnelles : de l’influence des maladies chroniques et de leur(s) traitement(s) sur le projet de devenir mère


La proportion de malades chroniques s’accroît parmi les femmes qui envisagent d’avoir un enfant à un âge de plus en plus avancé (35 ans et plus).

Des auteurs étasuniens ont publié en 2008 une revue de la littérature sur ce sujet (20 pages, 202 références bibliographiques, article en ligne en source ci-dessous). Elle décrit en détail ce que le soignant doit repérer, surveiller ou rectifier, en fonction des recommandations des sociétés savantes et des études basées sur des faits prouvés.

Les femmes en âge de procréer sont par définition envisagées sous l’angle de leur avenir "obstétrical". Les experts considèrent que les "soins préconceptionnels" doivent s’adapter à deux types de mère : ou bien les futures mères sont en bonne santé, ou bien une attention accrue est exigée devant une malade chronique. C’est alors que la consultation préconceptionnelle revêt sa dimension de pro-activité. Elle doit anticiper :

  • des situations dangereuses ;
  • les risques d’une grossesse sur la mère, le fœtus et/ou l’enfant à naître.
  • les conséquences prévisibles sur l’allaitement ou la lactation.

Le conseil contraceptif est inclus dans une consultation de ce type : type de contraception, échec attendu de la contraception hormonale, impact des hormones, etc. Comme une grossesse n’est que rarement planifiée, le soignant devra être attentif à (par exemple) :

  • l’équilibre d’un diabète, l’incidence de l’obésité associée à un diabète (ALD [1] n° 8 , Ndlr), sa prévention ;
  • la détection et la correction de l’hyperthyroïdie ou de l’hypothyroïdie ;
  • le régime alimentaire de la patiente phénylcétonurique ("maladie rare", ALD n° 17) ;
  • l’équilibre de l’hypertension artérielle et la toxicité des traitements antihypertenseurs, qui doivent être stoppés en cas d’hypertension artérielle minime (ALD n° 12 quand elle est grave) ;
  • la meilleure stratégie à adopter en cas d’épilepsie (ALD n° 9, Ndlr) , la supplémentation en acide folique (vitamine B9) à dose forte devant certains traitements (sinon, risque de malformation de la crête neurale chez le foetus (et spina bifida chez un nouveau-né, etc.)) ;
  • l’information des patientes épileptiques (les crises augmentent en nombre dans un tiers des cas, la mono-thérapie maîtrisée est préférée, l’arrêt des médications un certain temps avant la conception, la planification de la grossesse sont recommandées) ;
  • la meilleure stratégie à adopter en cas de polyarthrite rhumatoïde (on note ici les désagréments des corticoïdes en cas de contraception, la toxicité de la plupart des traitements (méthotrexate, immunosuppresseurs induisant un arrêt de la fertilité)) ;
  • la quiescence dans le lupus érythémateux disséminé(ALD n° 21, Ndlr) avec rebond attendu après l’accouchement [2] ;
  • l’arrêt de traitements anti-hypertenseurs au moment de la grossesse et au suivi d’un régime alimentaire strict en cas d’insuffisance rénale ;
  • la prescription d’anticoagulants en cas d’insuffisance cardiaque (ALD n° 5) en particulier ;
  • la prévention en cas de risque de maladie thromboembolique - antécédents personnels ou familiaux [3] ;
  • l’aggravation potentielle de l’asthme durant la grossesse, son contrôle strict pour éviter une exacerbation brutale qui nécessiterait des corticoïdes par voie orale, eux-mêmes tératogènes (c’est à dire induisant des malformations chez le fœtus).

Cet article revoit pour chaque maladie citée plus haut, en détail, les publications parues et les écrits des experts. Il en synthétise les recommandations.


Source :

Dunlop, A.L., Jack, B.W., Bottalico, J.N., Lu, M.C., James, A., Shellhaas, C.S., Hallstrom, L.H., Solomon, B.D., Feero, W.G., Menard, M.K., Prasad, M.R., (2008) The clinical content of preconception care : women with chronic medical conditions. Am J Obstet Gynecol,. 199(6 Suppl 2) : p. S310-27.


[1] Affection de longue durée en France.

[2] Ces deux dernières maladies, polyarthrite et lupus, comme toutes les maladies auto-immunes, profitent de la relative immunotolérance de la femme enceinte pour disparaître un moment.

[3] Exemples : - Hérédité : mutation du facteur V Leiden. - Acquis : syndrome des antiphospholipides.