(2009) Camps thérapeutiques : portent-ils bien leur nom ?

Publié le 03.01.2010 | Mise-à-jour le 19.10.2009 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Ce qui est sûr, c’est que les jeunes patients, malades chroniques, n’en tirent que des bienfaits


Mais sur quel plan ?

On estime entre 2 et 4 % le pourcentage de jeunes malades chroniques dans les pays développés. Les auteurs anglais d’une revue bibliographique très complète soulignent que les camps d’été spécialisés, essentiellement basés sur des loisirs dits "thérapeutiques", ont été organisés dans tout le Royaume-Uni et l’Irlande depuis les années 1930. Ils furent développés pour que les jeunes puissent être aidés à faire face à leur maladie, - ce qu’on nomme aussi coping [1]. Il affontent leurs soins en développant leur aptitude à l’auto-prise charge (autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. ). Le développement d’une instruction en santé [2] (ou connaissances) est un préalable, favorisée par les relations interpairs.

Ont émergé depuis quelques années des programmes destinés à des enfants malades (cancers, hémopathies) accompagnés de leur famille, de leurs frères et soeurs tel que le camp Barretstown pour l’Europe. Une évaluation, dans toutes les langues de l’Union avait alors permis de se faire une idée des répercussions psychosociales et physiques de cette entreprise. Bien que ces programmes se multipliaient, une évaluation systématique de leurs résultats n’avait que peu ou pas a été entreprise, d’autant plus dans ce contexte européen.

L’auto-évaluation des symptômes physiques, l’affect, l’estime de soi et la qualité de vie Qualité de vie Aux confins du social et du psychologique - ou de "l’individuel", la qualité de vie liée à la santé est multidimensionnelle. furent mesurés sous forme de questionnaires. Les résultats : l’autonomie globale des enfants fut améliorée ; des problèmes subsistaient seulement à court terme quant à la perception de leur attrait physique.

Les groupements de jeunes patients concernés par le même type de maladie chroniques sont souvent la règle : insuffisance rénale chronique, handicap visuel, hémoglobinopathies, obésité, asthme, problèmes de peau, de brûlures, troubles mentaux, traumatismes craniens, hémoglobinopathies, diabète, maladies rares, etc. On note cependant que l’on n’organise plus aucun camp spécifique pour les mucoviscidosiques : la contamination inter-personnelle par des bactéries opportunistes (Burkholderia cepacia) fut constatée. Les jeunes patients, réunis, étaient alors en danger.

Si de nombreuses études, surtout nord-américaines, s’intéressent à l’efficacité des camps récréationnels pour le jeunes malades (quatre revues systématiques [3] récentes), il reste des recherches à mener sur des questions que les auteurs pédiatres proposent.

1 - Quel patient pourra être en quelque sorte éligible, et pour quel type de loisir ? L’accessibilité est-elle équitable, y a-t-il des biais de recrutement dans les études réalisées ? Le critère âge est-il étudié (c’est un facteur confondant [4] pour le pronostic) ? Qui est le plus aidé ? A quel âge ? Les auteurs déplorent une imparfaite accessibilité à ces camps.

2 - Cette forme de vie récréative va-t-elle accélérer ou bien même améliorer la récupération des grands traumatisés crâniens ? On craint en effet la lourdeur des séquelles pour cette pathologie particulière.

3 - Y a-t-il un effet bénéfique sur la transition vers l’âge adulte ?

4 - Ces camps ont-ils un bon rapport coût/efficacité - quelle est donc leur efficience Efficience "Dimension économique de l’efficacité pratique où les conséquences - ou les résultats - d’une intervention sont reliés à l’utilisation qui est faite des ressources"[...].  ?

5 - Quelles recherches scientifiques supplémentaires pourraient être envisagées sur ce sujet spécifique ?

Ces "vacances" en groupe amélioreraient la capacité des enfants à agir ; la personnalité qu’ils se forgent pour l’âge adulte serait mieux armée : locus de contrôle interne [5], auto-efficacité Auto-efficacité Sentiment d’efficacité personnelle (croyance vraie ou fausse du patient pensant qu’il est possible d’atteindre un objectif). , prise de décision, réaction émotionnelle face aux événements.

Faire que l’enfant ait une meilleure estime de soi est le but atteint depuis leurs origines par tous les regroupements et loisirs organisés. Que tous s’amusent en sécurité est une donnée acquise. Des comparaisons avec les enfants en bonne santé pourraient amener un aspect qualitatif.


Sources :

Walker, D.A. Pearman, D., (2009), Therapeutic recreation camps : an effective intervention for children and young people with chronic illness ? Arch Dis Child. 94(5) : 401-6.

Pour "Facteur confondant" : voir notre portail TermSciences

Glossaire européen multilingue en santé publique, sur le site BDSP.


[1] Ce terme représente ici toutes les stratégies d’adaptation

[2] Représente les aptitudes cognitives et sociales qui déterminent la motivation et la capacité des individus à accéder, comprendre et utiliser l’information de façon à promouvoir ou maintenir une bonne santé. Voir le Glossaire européen multilingue en santé publique, site BDSP.

[3] C’est une revue critique de la littérature publiée sur un sujet, en se basant sur le niveau de preuve scientifique des articles (et donc c’est un article de niveau de preuve 1 en médecine factuelle).

[4] Voir Sources.

[5] Le contrôle interne ou lieu de contrôle interne fait que l’individu attribue la teneur de son vécu plutôt à lui-même qu’à des causes extérieures. C’est une facteur de protection. Son comportement pourra être amélioré. Il sera, dans l’exemple de défis sportifs, très fier de sa propre réussite.