(2009) L’image du corps dans les maladies chroniques de l’enfant

Publié le 26.10.2010 | Mise-à-jour le 28.10.2010 | par Laurent Panes

Se développant dans l’enfance, l’image du corps est à la base même du sentiment de soi.


L’image du corps est la représentation mentale chez une personne de son propre corps. Elle condense l’expérience passée et présente du corps propre, la signification émotionnelle qui y est attachée, et donc la relation aux personnes les plus significatives [1].
Elle se développe par l’intégration des différentes conquêtes propres au développement de l’enfant, et met ainsi en rapport sensations internes et relations aux parents et autres personnes importantes pour l’enfant.

L’image du corps peut être profondément affectée par de brusques changements physiques liés à une maladie ou à une blessure. De nombreuses variables interviennent à ce niveau :

  • des variables propres à l’enfant, comme le sexe, l’étape du développement, les aptitudes cognitives, les maladies et évènements traumatiques passés, qui sont en interaction complexe avec
  • des variables liées à la maladie, telles qu’une difformité visible éventuelle, la douleur physique, son effet sur les fonctions intellectuelles, sexuelles, reproductives, une évolution capricieuse à l’issue incertaine...
  • et des variables associées au milieu, comme par exemple l’étendue du soutien social, les amis, les croyances morales et religieuses familiales, le statut socioéconomique...

La maladie n’est habituellement pas considérée comme une séquence de développement propre à l’enfance. Cependant, 10 à 20% des enfants et adolescents souffrent d’une maladie chronique. En ce cas, il est de première importance de considérer son impact sur l’image du corps et la relation aux autres significatifs.

Après une présentation succincte de deux cas cliniques, l’auteure formule plusieurs recommandations pour la prise en charge des problèmes de cet ordre.

Une phase initiale d’évaluation, s’étendant sur plusieurs séances (entretien approfondi, observation, autoportrait ou dessin de personnage, échelles d’évaluation) permettra :

  • de cerner les effets de la maladie sur l’image du corps, et dans la mesure du possible de les différencier de distorsions éventuelles liées à des co-morbidités psychiatriques ;
  • d’établir un historique de l’image du corps : quelles ont été les maladies passées et les hospitalisations, ont-elles été accompagnées d’une séparation d’avec les personnes (la mère par exemple) qui habituellement s’occupaient de l’enfant ?
  • de repérer des signes suggérant des problèmes précoces de l’image du corps, un trouble de l’attachement ou des symptômes post-traumatiques : troubles du sommeil, de l’alimentation, régression psychomotrice (troubles de la marche, de l’équilibre...), retrait affectif et social, phobies, agressions, jeu restreint et répétitif... Tous ces signes ont-ils déjà été, par le passé, liés à la survenue d’une maladie ou d’un traumatisme physique ?
  • d’observer des comportements non verbaux susceptibles d’être liés à un trouble de l’image du corps : stratégies de dissimulation de certaines parties du corps, besoin excessif de réconfort, comportements témoignant d’une sensibilité exagérée à la douleur, comportements régressifs... ;
  • de se faire une idée du degré auquel l’enfant ou l’adolescent reconnaît la gravité de sa maladie, et des différents mécanismes de défense qu’il est susceptible de mettre en œuvre ;
  • d’évaluer l’effet des comportements liés à la maladie et à l’image du corps sur ses relations aux personnes les plus importantes, notamment les parents, frères et sœurs, enseignants et camarades : le patient s’est-il comporté de façon régressive (agressivité inhabituelle...), ses relations se sont-elles détériorées depuis le début de la maladie ? Un frère ou une sœur a-t-il été mis en position de s’occuper plus particulièrement de lui ? Y a-t-il eu davantage de tensions et de conflits depuis ce moment ?

Sur le plan thérapeutique, une approche éclectique est recommandée, combinant

  • des programmes de psychoéducation, visant la compréhension par le jeune patient de la nature de sa maladie et de son traitement ;
  • une approche de psychothérapie d’orientation psychanalytique, visant à permettre à l’enfant de verbaliser les vécus les plus douloureux et d’exprimer la peur d’être submergé par eux, de comprendre différents facteurs susceptibles d’empêcher une bonne observance du traitement médical ou d’interférer dans sa relation aux personnes qui s’occupent de lui ;
  • des stratégies propres à la relaxation et aux thérapies cognitives et comportementales (TCC) peuvent encourager l’extension de l’image du corps, de façon à y réintégrer des éléments auxquels l’enfant avait dû renoncer du fait de la maladie, ou d’accepter des changements qui y sont liés ;
  • Stauffer (1998) préconise également des séances de thérapie de groupe, propres à faciliter bien-être émotionnel et une meilleure adaptation.

Ainsi, des interventions centrées sur l’image du corps et la relation aux autres permettent de soulager de façon significative les différentes souffrances émotionnelles, parfois même physiques, liées à la maladie chronique ; et d’empêcher certaines complications risquant de compromettre l’évolution future.


Source : Walker A. (2009). The Role of Body Image in Pediatric Illness : Therapeutic Challenges and Opportunities. American Journal of Psychotherapy ; 63 (4) : 363-76.


[1] Selon le courant théorique psychanalytique dit des "relations objectales".