(2009) La pluridisciplinarité dans la prise en charge de la douleur chronique

Publié le 13.12.2010 | Mise-à-jour le 22.02.2011 | par Laurent Panes

L’Enquête Nationale Soma-Psy (ENSP) a analysé les pratiques de soins pluridisciplinaires dans les structures douleur.


La prise en charge de la douleur chronique, aujourd’hui une priorité de santé publique, a commencé à s’organiser en France dans les années 1980.
Trois structures de prise en charge (structures douleur) ont ainsi été créées :

  • les consultations au sein des établissements de santé ;
  • les unités, qui "mettent en œuvre des thérapeutiques nécessitant l’accès à l’utilisation d’un plateau technique et/ou à des places ou lits d’hospitalisation [1] ;
  • les centres pluridisciplinaires, avec une mission supplémentaire de recherche et d’enseignement.

L’Enquête Nationale Soma-Psy, élaborée par un groupe composé de psychiatres, psychologues et médecins membres de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD), a dressé en 2008 un état des lieux des pratiques pluridisciplinaires en structure douleur.
Le recueil des données s’est effectué au moyen d’un questionnaire en ligne, dont une version était destinée aux "psys" (psychologues et psychiatres) et l’autre aux somaticiens (médecins généralistes et spécialistes).
Parmi les thèmes abordés figuraient les indications d’orientation d’un patient vers un "psy" (évaluation diagnostique, aide à la prescription, suivi psychothérapeutique), les attentes mutuelles, et le regard porté sur les pratiques actuelles.

"Psys" et somaticiens se sont dits globalement "satisfaits de leur collaboration", avec une majorité de motifs de satisfaction communs : "travail pluridisciplinaire dans le respect des domaines d’intervention respectifs", circulation de l’information, échanges formalisés sur le patient, compétence "technique", qualité de la prise en charge, bonne entente, estime réciproque...

Néanmoins, un psychiatre et quatre psychologues ont rapporté des motifs d’insatisfaction : manque de formation des somaticiens à la prise en charge spécifique de la douleur, problème de compétence au niveau pharmacologique, et difficulté des médecins à prendre en compte la dimension psychologique.

Ces derniers, quant à eux, ont été plus nombreux à formuler des critiques (37 sur 93), adressées davantage aux psychiatres qu’aux psychologues. Celles-ci ont porté principalement sur leur manque de disponibilité et de temps de présence, ainsi que sur des difficultés à communiquer sur le patient : les "psys" feraient de la rétention d’information sous prétexte de confidentialité, utiliseraient un vocabulaire trop spécifique, opaque, et resteraient dans un registre trop analytique, sans formuler d’applications concrètes possibles.
D’autres critiques, moins fréquentes, ont porté sur des lacunes de formation ou un manque d’intérêt pour la prise en charge de la douleur, une trop faible participation au travail pluridisciplinaire, et une vision exclusivement "psy", sans prise en compte de la dimension somatique.

Enfin, un dernier ensemble de questions portait sur les améliorations à apporter au travail en collaboration.
Plusieurs thématiques sont apparues, concernant les réunions d’équipe pour les temps d’échanges communs, le souhait d’une réflexion plus cadrée, pouvant aboutir à une théorisation, et d’une meilleure coordination Coordination des soins, y compris sur le plan administratif.
Les "psys" ont exprimé le souhait que les somaticiens précisent davantage leurs attentes ; et ces derniers que les "psys" manifestent plus d’intérêt pour la prise en charge de la douleur, qu’ils travaillent de façon moins individualiste, afin de mieux s’intégrer aux équipes.
Mais la principale piste d’amélioration à apporter concerne l’augmentation des moyens mis à la disposition des structures. Chez les "psys", le temps partiel domine, et les somaticiens ont exprimé clairement leurs besoins en matière de "temps psy" supplémentaire, tant sur le plan de l’évaluation diagnostique que sur celui des psychothérapies.

La conclusion des auteurs de l’article (un psychiatre et un psychologue) est ainsi que "Faute de bénéficier des moyens adéquats, le découragement et la colère déjà perceptibles chez les praticiens iront en s’amplifiant, au risque de multiplier au sein des équipes les situations d’épuisement professionnel (...) Le patient, quant à lui, retomberait dans le consumérisme médical. (...)"


Source : Constantin-Kuntz M., Dousse M ; (2009). Pluridisciplinarité dans les structures douleur : état des lieux et perspectives. Douleur et analgésie 22, 175-85.

Voir aussi nos entrées Chronisanté :


[1] Circulaire DGS/DH n°98-47 du 4 février 1998 relative à l’identification des structures de lutte contre la douleur chronique rebelle