(2009) Prise en charge de la dépression : la place des thérapies cognitivo-comportementales (TCC)

Publié le 09.03.2010 | Mise-à-jour le 01.07.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Ai-je fait tout mon possible pour aider ce patient ? C’est la question que l’auteur d’un article conseille aux médecins de se poser


En France, le nombre de psychologues ou de psychiatres formés à ces psychothérapies est encore peu important. Elles se sont développées dès les années 1970, elles ne se répandent que dans les années 1980-1990, quand les cursus universitaires furent bâtis. Elles demandent une formation exigeante (450 h) répondant à des normes européennes (trois ans).

Voir les sites des sociétés savantes "Association française de thérapie comportementale et cognitive" (AFTCC) et "Association francophone de formation et de recherche en thérapie comportementale et cognitive" (AFFORTHECC) pour en savoir plus, mais aussi pour trouver un praticien en exercice dans sa région (c’est difficile).

Les syndromes dépressifs, communéments appelés dépression, sont difficiles à éliminer dans le temps. Une intervention médicale unique médicamenteuse a un effet remarquable sur le stade aigu. Mais le malade ne serait pas, selon l’auteur d’un article récent sur l’intérêt des TCC, durablement suivi. La rémission est obtenue, sans s’inquiéter des symptômes résiduels signant la récidive prochaine. Psychothérapie et pharmacothérapie ont toujours été complémentaires.

En France, l’entrée en Affection de longue durée (ALD 23, Affections psychiatriques de longue durée - dépression chronique) n’intervient qu’à un stade grave de l’affection. Par conséquent, les cliniciens doivent être prêts à prendre en charge avec proactivité Proactivité Exprime le comportement d’un sujet anticipateur, actif et initiateur de changements face à une dynamique de groupe. Par extension, pour une équipe en "santé", on imagine sa prise en compte de l’avenir dans ses décisions... les malades hors ALD 23 pour prévenir la rechute et/ou la récidive lors du traitement.
Les buts du traitement à long terme :

  • (1) aider le patient à atteindre ce qu’on va nommer une rémission ;
  • (2) maintenir le patient aussi asymptomatique que possible ;
  • (3) gérer les facteurs de risque pour éviter les épisodes ultérieurs.

Le point (3) peut être atteint par des psychothérapies ciblées sur cette maladie dont la chronicité et les récidives sont, selon les auteurs : "la règle plutôt que l’exception". Ils insistent sur le fait que ces thérapeutiques sont fondées sur des faits prouvés.

La place des psychothérapies, en particulier la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie d’activation Activation Des auteurs citent Judith Hibbard et ses collègues de l’université de l’Oregon (États-Unis) qui ont conceptualisé le patient activé comme quelqu’un qui sait comment gérer sa maladie, maintenir le fonctionnement de sa santé et empêcher son déclin : celui qui a les compétences et l’éventail comportemental pour se prendre en charge, qui collabore avec ses fournisseurs de soins pour accéder à des soins de qualité. comportementale auraient un rôle majeur dans la prévention des récidives. Le patient se retrouverait protégé des rechutes par l’apprentissage de comportements adéquats.

Des comorbidités (anxiété, addiction) et des événements stressants (professionnels et familiaux) augmentent bien sûr le risque de résurgence de symptômes. Ces problèmes doivent être résolus pour éviter que la rechute dépressive ne soit complète.

Anticiper et ajuster les traitements, pour répondre en définitive aux besoins changeants des patients, au fil du temps, tel devrait être le rôle du clinicien pour atteindre et maintenir une rémission durable.

L’autorité publique avait demandé à l’Inserm, suite au Plan santé mentale d’évaluer trois psychothérapies, dont l’approche cognitivo-comportementale, en 2001. L’Inserm a publié une expertise collective de plus de 500 pages en 2004, rapport célèbre qui mettait en valeur les TCC, thérapies évaluables car porteuses d’une tradition scientifique à l’origine. Elles furent considérées comme supérieures en efficacité aux psychanalyses. Les controverses furent évidentes et les doutes restent nombreux.

Cependant il est prouvé que les TCC auraient aussi un rôle à jouer dans la prise en charge des malades dépressifs, afin d’empêcher la réelle chronicisation. Reste à former encore et encore des spécialistes ?


Source :
Shelton, R., C., (2009), Long-Term Management of Depression : Tips for Adjusting the Treatment Plan as the Patient’s Needs Change. The Journal of clinical psychiatry. Supplement. 70(6), 32-7.

Inserm, Expertise collective. (2004) Psychothérapie - Trois approches évaluées. Paris : Editions de l’Inserm, 553 p. Voir le document sur le site de l’Inserm dédié aux expertises collectives ou bien dans la rubrique "Expertises collectives" du site portail général de l’Inserm.