(2009) Réflexion éthique dans la prise en charge des patients âgés atteints de cancer

Publié le 09.08.2010 | Mise-à-jour le 16.08.2010 | par Laurent Panes

La prise en charge des personnes âgées atteintes de cancer implique de faire certains choix, dont celui de traiter, malgré le grand âge


L’éthique médicale s’intéresse aux pratiques de soin, à leurs finalités, à leurs possibilités de réalisation. Elle évolue donc avec les connaissances, les modalités de soin, la société. C’est ainsi que la réflexion, de caractère fondamentalement éthique, sur les critères de décision dans la prise en charge d’une personne âgée cancéreuse, exige d’être sans cesse remise sur le métier.

Une telle réflexion est d’autant plus nécessaire que plusieurs avis s’opposent sur cette question. Ainsi, de nombreux patients âgés atteints d’un cancer ne bénéficient pas de traitement à visée curative, ni même de traitement symptomatique, en particulier lorsqu’ils sont atteints d’un trouble de type Alzheimer. Certains n’accèdent même jamais au diagnostic.

Un premier ensemble de critères de décision (lié à la précision du diagnostic médical, à la connaissance de l’espérance de vie) concerne l’évaluation bénéfice-risque : le traitement est-il en mesure d’améliorer ou d’aider le patient à moyen et à court terme ?

L’information du patient, de sa famille, de sa personne de confiance, sont également des critères majeurs, dans la mesure où ils sont liés à l’obtention du consentement, indispensable pour s’assurer d’une coopération permettant de débuter les soins. C’est ainsi qu’une grande partie de la prise en charge oncologique repose aussi sur la famille.

D’autres critères sont plus subjectifs, comme la modification de la qualité de vie Qualité de vie Aux confins du social et du psychologique - ou de "l’individuel", la qualité de vie liée à la santé est multidimensionnelle. du patient et de l’aidant, du fait de l’évolution de la maladie et des traitements. L’accès aux soins spécifiques d’oncogériatrie reste difficile pour de nombreux patients.

Mais le principal obstacle à l’accès au diagnostic et au traitement dans ce cas, selon les auteurs français de cette réflexion, serait le grand âge, alors même que de plus en plus d’études démontrent la bonne tolérance et le bénéfice important des traitements anticancéreux dans cette population.

C’est d’abord d’une question de société qu’il s’agirait ici, de la mise en avant de l’idéal de jeunesse, dont les auteurs se demandent si elle n’imposerait pas la relégation à l’arrière plan des personnes âgées. L’enjeu est de pouvoir proposer aux patients âgés une prise en charge oncologique au cas par cas, ce qui va contre "la vue systématique et la culture des dogmes généralisants de notre société médicale" (déviation d’un idéal de scientificité médicale).

Ce en quoi une réflexion approfondie sur la dimension éthique du problème sera décisive.


Source : Moulias L., Cudennec T., Teillet L. (2009). Réflexion éthique dans le cadre de la prise en charge des patients âgés atteints de cancer. Cancer / Radiothérapie 13 632-633.