(2010) (1) Problématique d’une meilleure prise en charge des maladies chroniques (France, Suisse)

Publié le 26.11.2010 | Mise-à-jour le 30.10.2012 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Par quel biais améliorer l’efficacité sanitaire devant l’accroissement de pathologies lourdes et irréversibles ?


Un Français et un Suisse nous éclairent sur certains problèmes théoriques et pratiques concernant la prise en charge des maladies chroniques.

Les soins aigus constituent une solution, le plus souvent radicale. Les connaissances médicales sont mises en œuvre rapidement, le délai de traitement est plutôt "court" devant un patient plutôt passif... les auteurs notent que de tels soins demandent une équipe limitée.

C’est tout le contraire de ce que demande une maladie chronique : on tente de freiner une dégradation, on attend des résultats thérapeutiques modestes, chez un patient actif (autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. ). On remarque aussi dans ce cas que le nombre d’intervenants est croissant au fil du temps.

Grossièrement, il existe selon les auteurs un paradoxe de l’efficacité sanitaire. Rendre réversible chez un sujet un événement aigu, c’est lui permettre de vivre, de vieillir... et de développer des maladies chroniques. L’efficacité sélective des soins aux pathologies aiguës amène à augmenter le nombre de malades... Plus on vit dans un pays organisé, où l’on soigne bien la population, plus on augmente la morbidité [1] . Le système se révèle alors bien peu efficace. Il doit prendre en charge une population vieillissante malade chronique.

Les failles des systèmes de santé suisse et français sont dénoncées.

Les auteurs mettent en cause pour les deux pays l’autonomie du corps médical qui travaille sans interaction avec les autres professionnels... Selon les auteurs, une forme de "liberté" structure le système de santé, qui n’a pas de maillage solide. Les médecins généralistes ou spécialistes exercent en effet le plus souvent seuls.

La prédominance de l’hôpital par rapport à la médecine de premier recours (soins de santé primaires Soins de santé primaires Equivalent en français de "Soins de premier recours". Ce terme issu de la littérature anglaise (primary care) désigne les soins de première ligne, porte d’entrée vers tous les soins plus spécialisés. Voir le Glossaire. ) est évidente (mais y aurait-il réellement encore aujourd’hui des hospitalisations par défaut du système de médecine de ville ? Ndlr).

Les recommandations à suivre comme le partage d’information sont un progrès, de même que les incitations à coopérer. Des freins sociaux (chasse gardée), techniques (communication formalisée et connaissance mutuelle) et culturels (attachement aux différences) existent. Il faut comprendre aussi que chaque acteur, culturellement, perçoit sa propre réalité, et ceci en fonction du métier qu’il exerce. On ne peut pas parler d’absence de communication par omission ni de pauvreté dans le partage du savoir. La formation spécifique à chaque métier façonne les individus.

Le système sanitaire suisse a radicalement changé en 1996, suite à la loi sur l’assurance maladie de 1994 (LAMal). Cette réforme profonde, toujours en cours préserve une assurance santé, mais en renforçant l’autonomie des assureurs et des fournisseurs de prestations. Elle incite à diminuer les coûts. Dans cet esprit, la coordination Coordination , type Managed care Managed care C’est l’ensemble des outils de gestion des soins censés offrir
aux assurés la meilleure qualité au meilleur rapport coût/efficacité). Traduit en français par soins intégrés ou maîtrise médicalisée des dépenses de santé.
est en marche, "grâce" aux multiples assureurs privés. Hélas, les assureurs "efficaces" ou en tout cas disant faire preuve d’efficience Efficience "Dimension économique de l’efficacité pratique où les conséquences - ou les résultats - d’une intervention sont reliés à l’utilisation qui est faite des ressources"[...]. continuent à sélectionner les "bons" assurés.

De même, ; en France, les exemples de changements en cours abondent. Les réseaux de soins ont été définis suite à la réforme Juppé de 1996. La coopération entre professionnels de santé coopération entre professionnels de santé Délégation de soins dans un passé proche, il s’agit en cette deuxième décennie du XXIe siècle de coopération entre métiers de la santé au sens large. ou "délégation de tâches" est encouragée grâce à la loi dite HPST de 2009.

Mais selon les auteurs, poser cette problématique fait entrevoir des changements profonds : économiques, culturels, sociaux, etc. Voir l’article suivant des mêmes auteurs : "la stratégie...", (résumé à venir).


Source en accès libre :

Huard P, Schaller P, Améliorer la prise en charge des pathologies chroniques - 1. Problématique Prat Organ Soins. 2010 ;41(3):237-245

Réforme Juppé de 1996 sur la protection sociale ("Des réseaux de soins expérimentaux permettant la prise en charge globale de patients atteints de pathologies lourdes ou chroniques").

Voir aussi notre entrée Chronisanté sur la coopération entre professionnels de santé.


[1] ]Indicateur de mesure de la fréquence des maladies ou des états de mauvaise santé d’une population. (...) Voir le Glossaire européen multilingue sur le site de la Banque de données en santé publique (BDSP).