(2010) Accompagner le dépressif dans son long tunnel. En voir l’issue rapidement... Et définitivement ?

Publié le 09.06.2011 | Mise-à-jour le 17.11.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Une prise en charge précoce et complète devrait pouvoir prévenir la chronicisation, redoutée, des troubles de l’humeur


La Haute autorité de santé, dans ses critères d’évaluation des pratiques professionnelles (EPP) en psychiatrie (en source ci-dessous) recommande (en 2005) : "(...) La prise en charge adéquate du premier épisode dépressif est d’autant plus importante que la dépression est une affection qui tend à récidiver (dans 50 à 85 % des cas) ou à devenir chronique (20 % des épisodes dépressifs)".

L’épisode dépressif peut être considéré comme une maladie chronique à part entière :

Un ou plusieurs traitements devraient être mis en œuvre très rapidement pour ne pas voir un dépressif littéralement sombrer dans une maladie chronique, c’est-à-dire le voir plusieurs fois rechuter. Si on envisage dans le meilleuir des cas, que 50 % des patients guérissent, l’autre moitié connaît des récidives, et parmi eux, certains deviennent malades chroniques [1].

Dès le début de la prise en charge, et seulement depuis une dizaine d’années, on s’intéresse de près aux facteurs de vulnérabilité d’une personne présentant un épisode dépressif. Aujourd’hui, les soignants savent les identifier.

Il faut pouvoir, pour un patient :

  • reconnaître la gravité de son trouble de l’ humeur ;
  • connaître et noter ses antécédents : épisodes précédents, identification antérieure de troubles de l’humeur unipolaire ou bipolaire [2], qui demandent une attention particulière, éventuellement un traitement spécifique ;
  • évaluer sa réponse aux traitements.

Le traitement idéal comporte :

  • un antidépresseur ;
  • de la psychothérapie préventive et curative...

Mais il est démontré que :

  • le diagnostic initial avec évaluation des risques ;
  • l’information donnée sur la maladie au patient ;
  • l’éducation thérapeutique du patient ;
  • la coordination Coordination (proches, soignants, ...) ;

sont des conditions essentielles qui, réunies, créent :
l’alliance thérapeutique.

Bien plus qu’un terme esthétique, cette alliance est le résultat d’une dynamique où le patient montre son désir de collaborer.

Pour prévenir la chronicisation, un processus de prévention impliquant tous les acteurs débute donc devant une maladie "à haut risque"... Il va permettre d’ajuster en permanence les soins.

En dehors de pratiques basées sur des preuves, une grande liberté subsiste, selon l’auteur psychiatre, pour des pratiques non eprouvées, parfois utiles... (?, Ndlr)


Source

Nuss, P., (2010) Stratégie thérapeutique des épisodes dépressifs. Prévention du risque de récidive. L’Encéphale, Revue de psychiatrie clinique biologique et thérapeutique, 36 Suppl 5 : S145-9.

Voir aussi nos entrées Chronisanté :

Voir aussi le site de la Haute autorité de santé (HAS). Dépression de l’adulte : épisode isolé pris en charge par le psychiatre en ambulatoire. Juin 2005.


[1] Certaines dépressions sont très sévères, d’où l’essor de la psychochirurgie au milieu de 20e siècle et celui de la stimulation cérébrale profonde (SCP) en ce début du 21e siècle. Ces moyens invasifs sont envisagés dans les rares cas de dépressions dites "incurables".

[2] Un trouble bipolaire est une maladie grave, marquée par des "sautes d’humeur" (c’est à dire des épisodes maniaques, succédant à des périodes dépressives majeures), une tendance à la rémission puis à la récidive". Voir le portail terminologique Termsciences. Le trouble unipolaire qualifierait la propension à des épisodes dépressifs itératifs.