(2010) Au Royaume Uni, les diminutions des dépenses publiques sont justifiées par la crise de 2008

Publié le 02.09.2010 | Mise-à-jour le 03.02.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Si la santé de la population d’un État n’est pas déterminée par les dépenses de santé, mortalité et dépenses sociales sont liées


La prise en charge des maladies chroniques représente une grande part des dépenses de santé en Europe. Selon une étude publiée en juillet 2007 en France : "l’Assurance Maladie estime que le nombre de personnes en ALD [1] atteindrait environ 12 millions d’assurés en 2015, représentant ainsi une part de 70% des remboursements". Un article récent (en source ci-dessous (1)) du British Medical Journal (BMJ) sur le thème des dépenses publiques, intéressant pour son panorama de l’Europe sociale, sa rigueur scientifique et son caractère historique peut être résumé ci-après.

La publication cite le Produit intérieur brut (PIB) [2]. Au Royaume Uni, ce dernier est inférieur à celui d’autres pays comme la France, où les dépenses courantes de santé (DCS) avoisinent les 11 % du PIB. Le financement des prises en charge des maladies chroniques en ALD représente une part croissante du PIB (2).

Les auteurs britanniques ont évalué dans quelle mesure, depuis 30 ans, les dépenses sociales au sens large avaient eu un lien avec la santé des citoyens en Europe. Cet examen historique des niveaux de dépenses sociales et la santé des États a concerné 15 pays de l’Union européenne : Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Suède et enfin Royaume Uni. Les données de mortalité en Belgique n’étaient disponibles que depuis 1998.

Au Royaume Uni, la réduction des dépenses publiques fut décidée après la crise de 2008 pour protéger le système de santé : les National Health Services (NHS)) auxquels la population est très attachée.

La récession (jusque janvier 2010) tenta donc de préserver le budget NIH, alors que d’autres ministères subissent encore aujourd’hui des coupes, jusque 40 % - en cinq ans. Le système de santé britannique, en majorité public et financé par l’impôt [3] a déjà vu des évolutions majeures : création d’hôpitaux publics indépendants (NIH Public Trust), mais aussi dénationalisation progressive. L’entrée en soins de premiers recours Soins de premiers recours En France, en 2009, on définit l’offre de soins ambulatoire du médecin généraliste par l’offre de soins de premier recours, qu’il accomplit en "assurant pour ses patients la prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement et le suivi des maladies ainsi que l’éducation pour la santé". Les soins de premiers recours représentent donc le point d’entrée dans les soins (voir : soins de santé primaires, dans le GLOSSAIRE) (soins de santé primaires Soins de santé primaires Equivalent en français de "Soins de premier recours". Ce terme issu de la littérature anglaise (primary care) désigne les soins de première ligne, porte d’entrée vers tous les soins plus spécialisés. Voir le Glossaire. ) est toujours gratuite.

Des données historiques, recueillies grâce à l’OCDE, ont été comparées et ajustées (parité des revenus pour comprendre comment des niveaux inférieurs des dépenses publiques pourrait nuire à la santé). L’OCDE définit les dépenses de protection sociale comme "la mise à disposition par les pouvoirs publics (et privés) d’avantages, et les contributions financières destinées aux ménages et individus en vue de fournir un soutien en cas de circonstances qui nuisent à leur bien-être" (de la politique familiale au chômage, en passant par les retraites, les handicapés, la prise en charge éducative des enfants d’âge préscolaire, etc.).

Un rapport sur les inégalités de santé au Royaume Uni avait mis en évidence combien les dépenses sociales (éducation, environnement, logement) influaient sur la santé des enfants. Pour les adultes, un emploi stable et sûr incite moins à des comportements tels que le tabagisme, l’alcoolisme, l’ingestion d’aliments "nocifs" (où le coût moindre des aliments, par exemple "obésogènes", entre aussi en jeu ici)...

Les auteurs n’oublient pas de citer des idées qui émergent parallèlement aux analyses économiques.

Il existe une association nette entre les dépenses de protection sociale et la mortalité toutes causes, après ajustement. L’augmentation du PIB a été associée également à une mortalité plus faible (chaque augmentation de 100 $ dans le PIB était significativement associée à une baisse de 0,11% de la mortalité toutes causes confondues).

Certains hommes politiques protègent contre vents et marées le système de santé national au Royaume Uni au détriment d’autres services publics. Or ce lien retrouvé entre situation sociale (dépendant de la part des dépenses sociales) et mortalité (par troubles liés à la consommation d’alcool, par exemple) est absent pour les dépenses de santé. Ainsi, l’effet "protection sociale" est dû aux dépenses dans d’autres domaines que celui de la santé.

Les auteurs estiment que des recherches futures devraient examiner les effets de différents types de dépenses sociales (l’emploi par rapport au logement, par exemple).

On pourra s’attendre à une incidence de la récession sur la santé. Les services publics de santé britanniques sont reconnus être peu poreux. La communication inter-institution est insuffisante. ce qu’on nomme la transmission des soins fait défaut. La prestation des services publics au Royaume-Uni est reconnue pour être entravée par des mentalités inadéquates (fonctionnement en vase clos). La mortalité infantile y est relativement élevée par manque de partage d’information et traduit ces insuffisances.

Néanmoins, le maintien de programmes de protection sociale semble être un facteur déterminant de la santé de la population à venir. Elle comporte trois éléments à parfaire :

  • comptable (suivi des flux financiers pour les meilleures dépenses possibles) ;
  • culturel (culture des organisations pour l’amélioration des services) ;
  • d’analyse des besoins (des usagers).

Sont concernés les administrations locales, les organisations de soins de premier recours Soins de premier recours Comme son nom l’indique, le médecin généraliste est le soignant de l’offre de soins de premier recours. (soins de santé primaires), la Police, les pompiers, les services de l’emploi, du logement social.

Certains experts au Royaume-Uni réaaffirment que l’austérité ne doit pas conduire à des licenciements dans l’État-providence. En effet, le contraire pourrait être nécessaire.

Les auteurs concluent : Si la priorité première du gouvernement est de protéger la vie de son peuple, il devrait tenir compte des conséquences, pour la santé en particulier, de sa politique économique (dans la planification ?).

L’augmentation des dépenses publiques est prouvé ici avoir un effet positif sur la santé, indépendamment du secteur de la santé...

Un article récent brésilien, va dans le même sens(3) : "L’efficacité d’un modèle de santé restreint à des actions intrasectorielles est plus faible car un grand nombre de facteurs déterminant le processus santé-maladie ne sont pas nécessairement sous la gouverne du secteur de la santé."


Source :

(1) Stuckler, D., Basu, S., McKee, M. (2010), Budget crises, health, and social welfare programmes. BMJ, 340:c3311.
Les réactions des lecteurs sur le site du BMJ sont édifiantes. Le logement est le premier domaine des dépenses sociales à ne pas rogner, voire à augmenter (la référence à des ouvrages anciens comme à des déclarations de Lord William Beveridge en 1942 appuient cette idée : "The five "Giant Evils" of "Want, Disease, Ignorance, Squalor and Idleness"). En substance, Beveridge disait aussi dans un rapport pionnier en Europe que les cinq géants nuisibles (cinq grands monstres) dont la pauvreté (le besoin) pouvaient être combattus : la maladie par le système de santé pour tous, l’ignorance par l’éducation, la misère par des logements salubres et l’oisiveté par le plein emploi.

Voir aussi :

(2) Gerber, S. -L. (2010), Centre d’analyse stratégique. Rapport :"Combien les Français sont-ils prêts à consacrer aux dépenses de santé ? Démocratie sanitaire et consentement au financement de la santé". Département Questions sociales, Analyse Stratégique, n°171

(3) Santos, S.S.B.S., Melo, C.M.M., Perreault, M. (2010). Idéologies des personnels de santé dans les conceptions de la surveillance épidémiologique, Prat Organ Soins, 41(1):143-49

Voir aussi dans le site Chronisanté :


[1] Affection de longue durée

[2] Indicateur économique dont on peut dire qu’il reflète l’activité économique d’un pays (et le PIB "par habitant" qui est le représentant du niveau de vie).

[3] Système Beveridgien, du nom de Lord William Beveridge