(2010) "Ecole de l’insuffisance cardiaque" : programme d’éducation thérapeutique impliquant toute une équipe

Publié le 09.09.2010 | Mise-à-jour le 10.05.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Une expérimentation à l’hôpital public Antoine Béclère se révèle encourageante pour la motivation des personnels (voir éducation thérapeutique du patient (ETP) éducation thérapeutique du patient (ETP) "L’éducation thérapeutique a pour but d’aider les patients à prendre soin d’eux-mêmes". )


Un programme d’éducation thérapeutique du patient (ETP) (1), structuré selon le cahier des charges de la Haute autorité de santé (HAS) (2) a été mis en place dans le cadre de la prise en charge de patients malades chroniques : les insuffisants cardiaques [1] (ALD n°5 [2]). La proportion de sujets atteints augmente très rapidement avec l’âge : 5 % des plus de 75 ans en sont affectés. Ses causes sont multiples. Les traitements pharmacologiques sont très efficaces, entraînant aussi des contraintes et des effets secondaires (surtout chez le sujet âgé, Ndlr).

On estime à 30 % la proportion de ré-hospitalisations évitables, d’où l’intérêt d’un programme pour réduire le non respect des prescriptions médicamenteuses ou le non suivi de règles hygiéno-diététiques. Il a été mis en place au service de cardiologie d’un hôpital dépendant de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à Clamart, Hauts-de-seine (92).

Les patients "cibles" étaient hospitalisés pour une durée d’au moins six jours. Afin de ne pas fatiguer ces sujets souvent âgés, une seule intervention par jour était bienvenue. Le format du programme prévoyait donc des consultations espacées dans le temps.

Les troubles cognitifs étaient un critère d’exclusion préalable. Avant et après l’intervention d’ETP, une évaluation des connaissances était réalisée.

L’’équipe éducative était plus que jamais pluridisciplinaire au moment de la rédaction de l’article. Le programme reste en place à ce jour. Il sera présenté à l’Agence régionale de santé (ARS), autorisant les actions d’ETP par des décrets parus récemment en août 2010.

C’est indispensable au bon déroulement des différentes actions. Trois consultations individuelles mais ouvertes aux "aidants naturels", de moins d’une heure étaient organisées :

  • consultation "infirmière" pour apprendre à s’auto-surveiller (poids, essoufflement (dyspnée), recours au médecin, automesures diverses) ;
  • consultation "diététicien" pour comprendre le régime sans sel et choisir les aliments manufacturés, par exemple ;
  • consultation "pharmacien" pour comprendre les médicaments et savoir interpréter les résultats biologiques de la surveillance d’un anticoagulant, par exemple.

Les laboratoires pharmaceutiques (privés) proposent des outils pédagogiques utiles aux intervenants (validés par les sociétés savantes de cardiologie en France).

À deux mois, l’évaluation des connaissances et de la satisfaction des changements de modes de vie fut réalisée. Tout au départ, les organisateurs eurent des difficultés de contact téléphonique à deux mois et donc de suivi. Il fut alors convenu lors de l’entretien initial avec de nouveaux patients de se retrouver lors de la prochaine consultation médicale, et toujours, six mois après le séjour hospitalier.

Des difficultés sont apparues :

  • manque de compréhension de la part de certains patients, avec possibilité de proposer ensuite le programme exclusivement aux proches ;
  • problèmes de logistique et de planification, laissés aux cadres infirmiers pour leur résolution ;
  • intervention trop précoce d’un pharmacien alors que le traitement médicamenteux était amené à évoluer, bien sûr.

Enfin, les auteurs pointent le manque de financement et le manque de personnels. D’une certaine façon, ce souhait d’éduquer le patient insuffisant cardiaque n’existant pas encore sous cette forme dans cet établissement en particulier (se développant partout en France, du fait de la loi de 2009), le déroulement du programme fut assez artisanal, dans le bon sens du terme : outils réalisés sur mesure, autoformation... C’est un pharmacien spécialiste d’ETP qui était le coordinateur. De plus, des paramédicaux du service continuent sur leur lancée : formations universitaires, apprentissage des outils standardisés interactifs : I-care (i-care).

Parmi les éléments de leur conclusion, les auteurs reconnaissent que le processus est lent et complexe.


Source :

(1) Brunie, V., Vignand, C. (2010). Education thérapeutique du patient insuffisant cardiaque. Retour d’expérience à l’hôpital Antoine Béclère.Journal de Pharmacologie Clinique ; 29(2):98102

(2) Haute autorité de santé (HAS), (2007) : voir le Guide méthodologique, Structuration d’un programme d’éducation thérapeutique du patient dans le champ des maladies chroniques


Voir aussi nos entrées Chronisanté :


Voir aussi, pour comprendre la prise en charge de la maladie "Insuffisance cardiaque", le réseau ICALOR, qui comptait parmi les toutes premières organisations de prise en charge de l’insuffisance cardiaque avec une envergure régionale (toute la Lorraine).


[1] Les auteurs donnent des définitions simples et compréhensibles. Ils prennent en compte la somme de deux événements physiopathologiques (c’est à dire ayant des répercussions sur l’organisme entier) : "chute du débit cardiaque et élévation des pressions de remplissage ventriculaires". Pour les imiter, on peut dire aussi que c’est le moment où le cœur est incapable d’assurer son rôle de pompe et ne permet pas un débit de sang dans les artères et les veines acceptable pour les besoins des différents organes. Son signe clinique majeur est la dyspnée (essoufflement)

[2] ALD n°5 : "Insuffisance cardiaque grave, troubles du rythme graves, cardiopathies valvulaires graves, cardiopathies congénitales graves"