(2010) L’expérience de douleur est authentique et sa perception subjective peut en modifier l’intensité

Publié le 18.04.2011 | Mise-à-jour le 21.04.2011 | par Laurent Panes

Quelle qu’en soit l’origine, la dimension psychologique doit être prise en compte dans les douleurs neuropathiques chroniques


La douleur neuropathique recouvre tout un ensemble de phénomènes douloureux causés par une atteinte du système nerveux. Mais son intensité n’est pas nécessairement proportionnelle à l’importance de la lésion neurologique.

Son évaluation nécessite en fait une approche globale du patient - médicale, psychologique et sociale. En effet, ces facteurs participent largement à l’expérience de douleur, tant dans son déclenchement que dans sa chronicisation.

La douleur neuropathique a autant, voire davantage que d’autres douleurs chroniques, un impact considérable sur l’humeur. Et cet état émotionnel, en retour, vient aggraver l’intensité douloureuse : d’où un cercle vicieux, symptômes dépressifs et douleur se renforçant mutuellement.
De même, l’anxiété peut amplifier la perception des sensations corporelles. Le rôle de l’attention et de l’anticipation anxieuse est en effet établi depuis longtemps. Le détournement de l’attention (stratégies de coping) peut ainsi se révéler efficace pour réduire l’expérience de douleur, lorsque celle-ci est de faible intensité, constante, ou lorsqu’elle s’intensifie lentement.
Un troisième facteur d’ordre émotionnel est lié à l’anticipation de la douleur, qui peut l’amener à développer un sentiment de "peur de la douleur" et à mettre en place des stratégies d’évitement. Concernant le travail et la perte d’emploi, il a ainsi été montré qu’il existait peu de relation entre douleur et incapacité incapacité , mais au contraire une forte association entre les croyances et les évitements. La peur de la douleur serait ainsi plus incapacitante que la douleur elle-même.

L’évaluation des croyances à un stade précoce de l’évolution semble donc nécessaire pour dépister et traiter les patients dont les douleurs évoluent vers la chronicité.
En effet, les croyances orientent la perception douloureuse et le choix des stratégies d’ajustement. Il s’agit donc, pour le soignant, d’évaluer ce que pense le patient de la cause, de la gravité et des conséquences de ses douleurs neuropathiques, et ses attentes en termes de traitement et de soulagement.
Dépister les croyances erronées lors d’entretiens psychothérapeutiques permettrait ainsi d’apaiser la détresse psychologique, lever des obstacles à l’observance, et permettre au patient d’adopter des comportements plus adéquats.

Les réactions d’ajustement (coping) et le catastrophisme [1] ont en effet un impact majeur, sur l’état de détresse comme sur le handicap fonctionnel liés à la douleur chronique.

L’auteur conclut ainsi sur l’intérêt, pour la prise en charge des douleurs chroniques, des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Dans ce type d’approche, la douleur chronique, "apprise et entretenue", est appréhendée comme un comportement en partie conditionné.
Dans une optique de psychoéducation, cette théorisation est présentée au patient, afin qu’il soit plus actif dans sa prise en charge. En se focalisant sur certains facteurs psychologiques, il serait ainsi possible d’avoir une action thérapeutique indirecte sur la douleur.


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Douleur

TCC


[1] État d’esprit qui pousse à se focaliser sur les aspects négatifs d’une expérience ou d’une situation, à envisager le pire.