(2009 —> 2010) Obésité, prévention, stigmatisation et discrimination (une maladie chronique visible)

Publié le 13.06.2013 | Mise-à-jour le 28.06.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Le professeur Basdevant était chargé de piloter le Plan obésité (PO) 2010-2013 : stratégies de lutte passées au crible de l’expertise ; Charte d’engagement volontaire sur l’image du corps [1] de 2008 est citée dans le PO (2010), voir visibilité, stigmatisation, dans Glossaire, m-à-j juin 2013


L’obésité seule n’est pas une affection de longue durée (ALD), mais ses complications apparaissent fréquemment, et en particulier lorsqu’elle est dite "morbide".

Mme Anne de Danne a remis le 15 décembre 2010 son rapport sur l’obésité au Président de la République. Le Programme national nutrition santé, troisième version (PNNS 3) s’en inspire.

Afin d’enrayer la progression de cette maladie à part entière, constituant un risque à endiguer, un plan de santé publique de lutte contre l’obésité sur trois ans a été lancé. Le professeur Arnaud Basdevant, chef d’un service de nutrition à Paris avait remis en 2009 un rapport intitulé : « Plan d’action : Obésité-Etablissements de soins ». Aujourd’hui, c’est logiquement à lui que l’on s’est adressé pour piloter ce nouvel outil de planification : le Plan pluriannuel "Obésité 2010-2013".

Obésité :

  • certaines "maladies rares" la comprennent —> maladies rares ;
  • d’autres sont "endocrinologiquement" expliquées —> maladies endocriniennes ;
  • "familialement" courantes —> risque familial (génétique > ?), etc.

Mais cette maladie de la nutrition est surtout trop "stéréotypiquement" gérée (ce sont les malades qui l’avaient justement dénoncé). Maladie chronique par excellence quand elle est grave (Indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 35), sa prévalence galope (doublement des sujets obèses en moins de dix ans ce qui représente aujourd’hui près de 15 % de la population française). Les obésités (parce qu’elles sont multiples, de par leur cause comme dans leur expression clinique) méritent, selon les experts, un plan à part entière.

Le rapport du professeur Basdevant s’intéressait à la façon dont les hôpitaux la considéraient comme une seule et unique maladie. Afin que l’offre soit adaptée, c’est-à-dire que les établissements de santé ne manquent pas d’infrastructures ni de réponse soignante, ce rapport allait permettre d’y voir plus clair.

En 2009, on classe les malades à l’hôpital, de façon à mieux gérer les flux ; aucun des codes décrivant cette pathologie ne fait partie de la liste des CMAS ou des CMA, c’est à dire des codes "Complications et morbidités associées (CMA)" et "CMA sévères" (CMAS) ; de sorte que l’on a seulement « obésité avec Indice de masse corporelle (IMC [2]) < 40 » ou « obésité avec IMC ≥ 40 », classement qui aboutit au même Groupe homogène de malades (GHM [3]). Pourtant, les séjours des obésités morbides sont connus pour être fortement grevés de complications, sans valorisation majorée (financement) - bien que le codage correct de l’autonomie du patient et de ses incapacités fassent le tour de son état de santé réel, en théorie.

Ce rapport eut le mérite de préconiser des lits supplémentaires ou des transferts adaptés à l’importance de la pathologie.

Le PNNS 3 reprend aussi les thèmes du 1er rapport d’Arnauld Basdevant. Ce dernier est d’ailleurs nommé vice-président du comité de pilotage du PNNS 3.

L’obésité représente un risque cardiovasculaire et métabolique [4] accru avec mortalité prématurée [5] et qualité de vie Qualité de vie Aux confins du social et du psychologique - ou de "l’individuel", la qualité de vie liée à la santé est multidimensionnelle. très préoccupante, quand elle est dite morbide, avec un Indice de masse corporelle (IMC) [6]) supérieur à 40, comme quand elle est moindre.

C’est dans l’histoire individuelle du sujet que le soignant puise les principes de sa démarche de lutte contre une obésité. A l’heure ou d’aucuns se targuent de connaître la façon de l’enrayer (par la nutrition), ce plan français officiel a le mérite de remettre les pendules à l’heure sur les moyens d’arriver à la satiété dès le plus jeune âge comme de dépister la prise de poids dans l’enfance. La cerise sur le gâteau : la lutte contre la discrimination, évidente, mais jamais prévenue, ni traitée de façon spécifique POUR cette maladie.

Le nouveau plan devait :

Autant on parle de discrimination pour des maladies sans "stigmates" réels, autant le volume du corps atteint le summum de la visibilité visibilité Dimension centrale du vécu de la maladie chronique, la visibilité (ou invisibilité) est le caractère de ce qui est visible (ou invisible). externe, et donc de la stigmatisation, Ndlr.



Sources :

Propositions d’actions pour l’amélioration des conditions de prise en charge des personnes obèses dans les établissements de santé. (2009). Plan d’action : Obésité-Etablissements de soins Rapport du Pr Arnaud Basdevant

De Danne, Anne, Commission pour la prévention et la prise en charge de l’obésité - Rapport au Président de la République, FRANCE. Présidence de la République, Editeur, Présidence de la République, Date de remise : Mai 2010, 37 p. A télécharger sur Dans Santé, bioéthique le site de la Documentation française.

Voir aussi dans Chronisanté

  • La rubrique Plans, pour accéder aux plans nationaux nutrition santé successifs (PNNS 2), puis au PNNS 3 (en 2011).

Dans Info-scientif. ⇓ Sociale psychologique

Dans Info-scientif. ⇓ Médicale accompagnement


[1] Signée par la ministre en 2008.

[2] Qui est le poids (en kilogrammes) divisé par la taille (en mètres) au carré : le Poids (kg) / Taille au carré (m2). IMC de 25 à 30 : surpoids. IMC > 30 obésité. IMC > 35 : obésité morbide.

[3] Ce terme est issu du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), c’est à dire du codage des maladies fait pour ce PMSI.

[4] Comme le syndrome métabolique, qui est en premier lieu une "obésité abdominale" (calculée par un tour de taille supérieur à 102 chez l’homme et 88 chez la femme (sorte d’aide-mémoire à corréler au reste (!)). C’est le témoin de la graisse abdominale associée à deux autres facteurs de risque cardiovasculaire. Par exemple, selon des experts, en 2005, une nouvelle définition, "cliniquement accessible" du syndrome métabolique est la suivante : "Une personne sera définie comme atteinte du syndrome métabolique si elle a une obésité centrale (abdominale) ajoutée à deux des quatre facteurs suivants : triglycérides élevés, cholestérol HDL, (pour High Density Lipoprotein) bas (qualifié de "bon" cholestérol), tension artérielle élevée ou niveau élevé de glucose à jeun. On inclut le sexe, et on prend en compte l’ethnie pour l’obésité centrale mesurée par le tour de taille (opinions d’experts en diabétologie, en cardiologie, en lipidologie, en santé publique, en épidémiologie, en génétique, en métabolisme et nutrition, du monde entier).

[5] Connue par le calcul d’un taux de mortalité avant l’âge de 65 ans pour 100 000 habitants. Le problème est alors de savoir si la mort est "évitable" (c’est à dire due à des comportements à risque comme la consommation d’alcool, le tabac, les accidents de la route, le HIV/sida, le suicide).

[6] Le poids (kg) / Taille au carré (m2).

[7] Lire à ce sujet l’ouvrage grand public du professeur Patrick Tounian, pédiatre et spécialiste de la nutrition : Tounian, P., Amor, S., L’obésité infantile. On fait fausse route !), Paris : Bayard, coll. "Aux côté des enfants", 2008. 146 pages., Ndlr