(2010) Rôle du psychologue dans l’éducation thérapeutique du patient (ETP) en néphrologie (dont période de prédialyse et de dialyse)

Publié le 07.03.2013 | Mise-à-jour le 11.06.2013 | par Laurent Panes

(m-à-j 2013) Dimension centrale des soins, l’ETP fait appel aux compétences conjuguées d’une équipe multidisciplinaire au sein de laquelle le psychologue a une fonction d’accompagnement :

  • du patient ;
  • mais aussi de l’équipe soignante.

C’est ce que met en lumière l’étude des activités des psychologues dans une unité hospitalière de néphrologie.

L’insuffisance rénale chronique [1] est une maladie dont l’impact est massif sur la vie quotidienne des sujets atteints, aux différentes étapes de la maladie et des soins :

  • l’annonce du diagnostic peut faire l’effet d’un choc, entraîner des réactions comme le déni, la fuite, être à l’origine d’une dépression... ;
  • la période de "pré-dialyse" est celle de profonds changements, qui impliquent d’importantes modifications du style de vie du patient insuffisant rénal, mais aussi de son contexte familial ;
  • la dialyse renvoie à la problématique de la dépendance à la machine, et suscite chez le patient diverses peurs (de la douleur, de servir de cobaye, de voir son sang à l’extérieur, de perdre son emploi...) ;
  • la transplantation (greffe) ravive l’attente, la culpabilité, la dette, l’angoisse liée à l’adoption d’un organe étranger, la peur du rejet...

Dans ce cadre, le psychologue peut proposer une aide personnalisée, soit auprès de patients hospitalisés (à la demande de l’équipe soignante, (équipe pluridisciplinaire ?), intégrée au projet de soins), soit auprès de patients venant en ambulatoire. Dans ce dernier cas, la prise en charge psychologique peut être soit ponctuelle, soit révéler le besoin d’un suivi à plus ou moins long terme. Il peut également s’agir d’un bilan durant une séance, pour orienter le patient vers différents types de "soutien-psy" extérieurs à l’hôpital (psychiatres, psychologues de ville, centres médicaux-psychologiques...).

Les équipes soignantes ont également besoin d’être écoutées et soutenues dans leur travail quotidien, souvent marqué par des vécus d’impuissance, de vulnérabilité ou d’épuisement... Le psychologue peut ainsi apporter :

  • son soutien à des soignants désemparés devant la souffrance morale de leurs patients ;
  • ou venir réguler le lien soignant-soigné si ce dernier s’avère difficile.

Dans l’éducation thérapeutique en néphrologie, le psychologue a pour rôle :

  • de participer à la mise en place et à l’animation d’ateliers dans le cadre du projet d’accompagnement et d’ETP (groupes de parole, ateliers "estime de soi", "affirmation de soi", etc.) ;
  • de répondre à la demande d’un soignant pratiquant l’ETP et qui a perçu un besoin de prise en charge psychologique pour le patient ;
  • d’aider à la coordination Coordination du projet d’ETP du service ;
  • d’évaluer si les demandes exprimées relèvent d’abord d’un besoin d’accompagnement en ETP ou d’un besoin de prise en charge psychologique ;
  • de conduire des actions de recherche (par exemple sur le vécu de la première séance d’hémodialyse, la perception des besoins en éducation des patients) et en partager et soumettre les résultats à la communauté scientifique.

Selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) en matière d’éducation thérapeutique, il est demandé aux soignants de permettre aux patients d’acquérir ou de renforcer deux grands types de compétences, les compétences d’autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. et les compétences psychosociales (d’adaptation).

Mais la HAS donne une vision idéale de ces dernières, difficile parfois à appliquer concrètement. Ainsi, lors de sa première consultation en ETP, un patient a livré à son infirmière des évènements douloureux de sa vie qui reléguaient au second plan la question des compétences d’autosoins.

Quelle conduite adopter dans ce type de situations ? A cette première étape, dite du diagnostic éducatif [2], l’entretien vise à initier un nouveau mode relationnel entre soignant et soigné. Si la difficulté relève au premier plan d’un problème purement psychologique, l’infirmière devra l’orienter en priorité sur un psychologue pour, dans un second temps ou parallèlement au suivi psychologique, le rencontrer en consultation individuelle afin d’explorer avec lui ses comportements de santé, l’aider dans la prise en charge de sa maladie et de son traitement, de son alimentation, de sa qualité de vie Qualité de vie Aux confins du social et du psychologique - ou de "l’individuel", la qualité de vie liée à la santé est multidimensionnelle. , ou en l’invitant à des ateliers ou des groupes de parole.

Une autre ressource à la disposition des soignants, ce sont les "patients experts [3]" ou "patients ressources" qui, en plus d’intervenir dans la co-animation d’ateliers, contribuent à l’écriture du projet d’ETP et collaborent à l’analyse des besoins des patients pour la préparation à la dialyse et/ou à la transplantation.

Il y a donc une distinction à faire entre l’accompagnement éducatif fait par les équipes soignantes, et la prise en charge psychologique. Le psychologue devrait se trouver à toutes les étapes clefs de la maladie et du soin, accompagner et soutenir les patients mais aussi les équipes, dont il peut contribuer à améliorer la cohésion et la coordination, en fonction du programme d’éducation thérapeutique propre à chaque service.


Sources

Grimault M. (2010). Le rôle du psychologue dans l’accompagnement en éducation thérapeutique du patient en néphrologie. Journal de Pharmacologie Clinique, 29(2), 93-7.

Voir aussi dans Chronisanté  :

Dans Dimension > Médicale accompagnement

Dans Dimension > Sociale psychologique

Mots-clés : Education thérapeutique du patient, Insuffisance rénale chronique, Psychologue, Autosoins, Equipe multidisciplinaire


[1] Les néphropathies chroniques graves entrent dans le cadre d’une affection de longue durée (ALD n°19), et les suites de transplantation rénale également (ALD n° 28).

[2] Voir le Glossaire Chronisanté. Diagnostic est un mot que les médecins aiment à employer, qui en quelque sorte les "rassure", ne bouscule pas leurs représentations ; or ce concept peut être critiqué pour mieux comprendre la prise en charge des maladies chroniques : Bilan éducatif partagé ? (entretien éducatif) (...)

[3] Voir le Glossaire Chronisanté : Les "Patients-Experts" sont des interlocuteurs qualifiés de toute personne atteinte d’une maladie chronique. Ils sont qualifiés pour répondre à leurs questions concernant tous les aspects transversaux de la maladie chronique (vie quotidienne, symptômes tels que la douleur ou la fatigue, l’environnement social ou familial, ...).