(2011) "Comment traiter les maladies chroniques a l’ère de la réforme du système de santé (...)"

Publié le 03.02.2011 | Mise-à-jour le 22.02.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Un article "d’intelligence stratégique" qui a pour thème "la prise en charge des maladies chroniques" en direct des États-Unis


L’université de Californie à Los Angeles (UCLA) a organisé son 15e symposium annuel sur le thème :
"Quelle sera la suite ? Soins aux maladies chroniques à l’ère de la réforme de la santé".

L’impact futur de la réforme dite Obama du système de santé a fait l’objet de partages et discussions avec en particulier les étudiants en médecine de la prestigieuse université. C’est un sujet de santé publique qui correspond exactement au thème du site Chronisanté.

Le Patient Protection and Affordable Care Act (PPACA) est la grande réforme d’entrée en fonction du président des États-Unis Barack Obama. L’idée, applaudie par tous les médias, est de faciliter l’accès aux soins de tous les Américains.

C’est l’ADIT [1] qui nous informe de ce colloque, depuis l’Ambassade de France à Washington.

Constat :

C’est pour ces raisons que 47 millions d’Américains, n’étant pas assurés, pourraient être concernés par la réforme. Son objectif était de réduire fortement les inégalités, de tout type - entre employeurs, entre États - afin que tous puissent bénéficier d’une assurance santé adaptée à leur mode de vie. Pour cela l’obligation individuelle pour chaque citoyen de contracter une assurance a été décidée fin 2009. Pour financer cette aide aux assurances santé, des fonds fédéraux furent mis au service du projet, finançant tous les maillons de la chaîne (un ensemble de taxes et de prélèvements).

La loi fut votée en mai 2010. La Cour suprême (parlement), doit encore statuer de façon définitive sur cette loi, controversée car elle « oblige » et donc, elle serait contraire selon certains à la constitution des États-Unis car elle constituerait une atteinte aux libertés individuelles.

Ce colloque, très attendu un an après la loi, réunit des spécialistes du thème proposé. Des experts, dont Ed Wagner, directeur du MacColl Institute for Healthcare Innovation et inventeur du Chronic Care Model (CCM)" ont amené les réflexions suivantes :

  • la moitié de la population souffre de maladie chronique et près du quart de polypathologie ;
  • au sein de la population bénéficiaire de Medicare, plus de la moitié des malades sont âgés et atteints de polypathologie (c’est la population vieillissante, Ndlr), et 95 % des dépenses vont vers ces même patients (on soigne donc les gens très malades, Ndlr).

Les États-Unis ont les dépenses de santé par habitant les plus chères au monde, par rapport au Produit intérieur brut (PIB) [2]. Elles croissent chaque année. D’après les auteurs, le CCM aurait été mis en place devant ces constatations. Il aurait été inventé pour que le modèle général soit anticipateur. Les maladies chroniques représentent selon eux des états où l’implication du patient peut être encouragée, accompagnée.

Notre rubrique Modèles fait largement sa place au modèle de Wagner et à ses dérivés.

Récemment transposé aux maladies chroniques, le concept de "maison" a donné naissance aux "maisons médicales", qui permettent la mise en place optimale du CCM :

  • réunions de professionnels dans un même lieu ;
  • ensemble des services centrés sur le patient (soin centré sur le patient) ;
  • informatisation commune, etc.

Les États-Unis seraient en retard sur l’informatisation du dossier médical. Ils seraient aussi peu performants dans la surveillance en post-hospitalisation.

Les organismes des autres intervenants au colloque représentaient

  • ou bien des intermédiaires entre les assurances santé et les financeurs, déchargeant le médecin de tâches administratives.
  • ou des regroupements de médecins, généralistes et spécialistes au sein de maisons médicales ;
  • ou encore des soignants chargés du suivi médical des patients à risque afin de prévenir les réhospitalisations.

La médecine de premiers recours aux États-Unis manque de jeunes médecins. La démographie médicale n’est pas en faveur :

  • de l’accès aux soins ;
  • de la qualité des soins.

La suite du colloque se tourna naturellement vers d’autres thèmes :

  • la philosophie des soins médicaux : l’acte médical ne serait plus "parfait", la demande de qualité s’accroîtrait toujours plus (la médecine se complexifie) ;
  • la nécessité d’une démarche de santé publique : le classement des patients par "population", pour améliorer la qualité (niveaux de risque, Ndlr) ;
  • la médecine prédictive (la génétique et la survenue de maladies chroniques (?)). Les Etats-Unis n’ont pas interdit la commercialisation de ces services : kits de dépistage, et procréation médicalement assistée si nécessaire.

Malgré son thème, depuis la France, le colloque semble "aller dans tous les sens". Ou plutôt : on comprend que les intervenants se sont efforcés de lister tous les domaines permettant des économies en gardant une bonne qualité des soins. La réunion d’experts s’efforça de dégager les facteurs d’efficience Efficience "Dimension économique de l’efficacité pratique où les conséquences - ou les résultats - d’une intervention sont reliés à l’utilisation qui est faite des ressources"[...]. .

Si la communication numérique devrait être un acquis, la nouveauté vient de la télésanté Télésanté La télésanté est en bref un accès à plus de santé par des voies informatiques. (e-santé e-santé L’e-santé comprend : "l’aide à l’information, la simplification de procédures, la gestion, l’archivage, la formation, la connaissance, le conseil, la prévention, l’échange, la prise en charge, la décision, au diagnostic, au traitement, à l’intervention, au suivi, etc." Voir la rubrique "Glossaire". ), en plein essor. Elle sera à même de mieux accompagner les personnes âgées malades, tranche de la population croissante aux États-Unis et dans la plupart des pays développés..

Les auteurs relayés par l’ADIT concluent en disant qu’en France, le suivi du patient semble bien meilleur.


Source :

Le Chronic Care Model dans notre rubrique Modèles.

Voir aussi nos entrées Chronisanté :


[1] L’Agence pour la diffusion de l’information technologique (ADIT) représente, par son Bulletin électronique : "le plus large service de veille technologique internationale en provenance du réseau mondial des services scientifiques des ambassades de France".

[2] Indicateur économique dont on peut dire qu’il reflète l’activité économique d’un pays (et le PIB "par habitant" qui est le représentant du niveau de vie).