(2011) De nouvelles perspectives dans le traitement de la dépression associée au diabète : état des lieux

Publié le 26.07.2011 | par Laurent Panes

Un état dépressif non traité aggrave les complications de cette maladie chronique et assombrit son pronostic


La dépression peut influer sur le pronostic des diabètes, notamment dans la mesure où elle fait obstacle à l’observance thérapeutique et aux activités d’autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. (exercice physique, régime alimentaire), et qu’elle accroît le risque de complications telles qu’augmentation de l’hyperglycémie, rétinopathie diabétique, néphropathie, pathologies vasculaires, dysfonction sexuelle...

C’est pourquoi son traitement est un élément important dans la prise en charge globale du diabète. Dans la revue systématique [1] présentée ci-dessous, trois types d’interventions sont envisagés :

Les études évaluant les interventions de type TCC ont globalement établi leur efficacité dans l’amélioration de la dépression chez les patients diabétiques. Mais l’évaluation de leur impact sur les autosoins et l’état de santé physique (par exemple le taux d’hémoglobine glycosylée HbA1c [4]) requiert des études supplémentaires.

Les études pharmacologiques ont privilégié les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (fluoxétine, sertraline, paroxétine) dans la mesure où, en plus de leurs effets antidépresseurs, ils ont pour effet hypoglycémie et perte de poids, et sont donc particulièrement recommandés dans le cas de comorbidité dépressive avec le diabète.
Globalement, on a constaté avec ces agents une amélioration de la dépression et des taux d’HbA1c ; alors que la nortriptyline (un composé tricyclique) a amélioré les symptômes dépressifs, mais sans avoir d’effet sur le taux d’HbA1c. Un autre type d’antidépresseur, la bupropione, semble prometteur.
Plusieurs éléments laissent également penser que cette action sur les symptômes dépressifs est associée à une amélioration des autosoins, mais les études contrôlées restent à faire pour l’établir de façon rigoureuse.

Ainsi, globalement, les TCC et les antidépresseurs, séparément ou intégrés dans une approche de soins échelonnés, sont efficaces dans le traitement de la dépression chez des patients diabétiques.
Mais leurs effets sur les taux d’hémoglobine HbA1c (et donc sur le contrôle de la glycémie) sont mitigés. Cela tient peut-être à la méthodologie employée dans les études. Ainsi, seules deux d’entre elles ont analysé les changements dans les activités d’autosoins, en tant que mécanisme possible de l’effet du traitement de la dépression sur l’HbA1c.
Il semble ainsi que traiter la dépression est sans doute une démarche nécessaire, mais non suffisante, pour améliorer le contrôle glycémique. De nouvelles approches de type comportemental, centrées non plus seulement sur la dépression mais aussi sur les comportements d’observance et d’autosoins, pourraient être une solution.

Des recherches restent donc à faire, pour analyser la nature des relations entre diabète et dépression, ainsi que les mécanismes, médiateurs et modérateurs, par lesquels le traitement de la dépression associée influe sur le pronostic du diabète.


Source : Markowitz S.M. et al. (2011). A Review of Treating Depression in Diabetes : Emerging Findings. Psychosomatics ; 52(1), 1-18


[1] C’est une revue critique de la littérature publiée sur un sujet, en se basant sur le niveau de preuve scientifique des articles(...) Voir la note 1 de cet article Chronisanté http://chronisante.inist.fr/spip.php?article7=7, pour une définition plus détaillée.

[2] Voir aussi l’article Chronisanté consacré à ces psychothérapies.

[3] Voir aussi "Traitement par étapes" : "Approche thérapeutique consistant à traiter un patient en lui administrant progressivement des médicaments de plus en plus puissants jusqu’à l’obtention d’un soulagement de ses symptômes." Source : Le Granddictionnaire terminologique québécois.

[4] Qui témoigne de la glycémie durant les mois qui précèdent. Trop élevée, elle est un bon indicateur de l’hyperglycémie chronique. L’hémoglobine glycosylée ou hémoglobine glyquée, qui est la valeur de référence dans ce domaine, permet de savoir quelle a été la glycémie sur les 120 derniers jours (durée de vie des hématies - globules rouges) : sa valeur augmente ainsi avec la fréquence des épisodes d’hyperglycémie sur cette période. Elle est la preuve de la fixation du glucose sur la globine (protéine) de hémoglobine, augmentant en cas d’hyperglycémie.