(2011) Des "papy-boomers" interviewés au Canada au sujet de leur santé : certains vont très bien...

Publié le 06.05.2011 | Mise-à-jour le 15.06.2012 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Affections chroniques multiples -> utilisation du système de santé (canadien) -> fardeau économique -> prévention ?


Chez les Canadiens, les personnes âgées sont souvent dénommées : les aînés. Améliorer la "prestation de soin" aux aînés est un défi majeur, du fait du vieillissement de la population dans les pays développés. La génération des baby-boomers s’apprêtent tous à rentrer dans la catégorie "personne âgée". Mais les personnes âgées coûtent-elles vraiment si cher ? Sont-elles à considérer comme un groupe de la population ayant des caractéristiques communes ? Non, elles sont « plus souvent » malades.

Les personnes âgées représentaient 13,2 % de la population au moment du recensement de 2006 (voir Statistiques canada, en source ci-dessous). Les estimations prévoient une proportion d’aînés de 21,2 % en 2026 !

Les patients atteints de maladies chroniques ("affections chroniques", dit-on plus volontiers au Canada) et surtout ceux qui souffrent de multiples problèmes (d’une "polypathologie" ou bien d’une "comorbidité [1]" - tel qu’on le dit au Canada) entraînent par leur état une activité et un coût des soins plus élevés. Ils constituent un "fardeau économique" qui va en s’empirant. Leur qualité de vie Qualité de vie Aux confins du social et du psychologique - ou de "l’individuel", la qualité de vie liée à la santé est multidimensionnelle. est inférieure au reste de la population.

Un rapport a été publié récemment au Canada, par un institut indépendant. Les aînés ont été mis à contribution (3132 sur 11 582 Canadiens interviewés) pour livrer aux auteurs leur expérience du système de santé, et notamment des soins de santé primaires Soins de santé primaires Equivalent en français de "Soins de premier recours". Ce terme issu de la littérature anglaise (primary care) désigne les soins de première ligne, porte d’entrée vers tous les soins plus spécialisés. Voir le Glossaire. (médecine de premier recours ou médecine générale en France). On peut y lire que ses résultats alimenteront la compréhension :

  • "de l’utilisation des services" ;
  • "de l’état de santé des patients" ;
  • "de la qualité de la communication entre les patients et les dispensateurs de soins" ;
  • "de l’autogestion des patients" ;
  • "de la gestion des médicaments".

Les personnes âgées étaient "presque quatre fois plus susceptibles de déclarer souffrir d’une affection chronique que les adultes âgés de 18 à 24 ans (74 % par rapport à 19 %)."

Plus la polymédication (plusieurs médicaments) était importante, plus elles éprouvaient des effets secondaires. Moins de la moitié ont vu leur traitement réexaminé.

Quand les aînés souffrent d’au moins trois affections chroniques, ils se disent très "malades", prennent évidemment un nombre de médicaments plus élevé que la moyenne et ont besoin d’être suivis plus souvent par un médecin.

Selon l’institut auteur de l’étude, il n’a pas été tenu compte des personnes âgées en établissement type "maison de retraite", voire établissement de soins de longue durée, et, toujours selon cet organisme, ces personnes nécessitant des soins continus présentent évidemment des affections chroniques à un stade avancé, ou des maladies multiples...

Selon l’OMS oms , sont probantes :

La gestion et la prise en charge des malades chroniques passent :

Ainsi, on imagine bien pourquoi les auteurs parlent de l’établissement d’un partenariat [3].

Ceux qui délivrent les soins devraient bénéficier :

On peut lire une série de conclusions qui semblent des évidences :

  • "Les personnes âgées en bonne santé ("en santé", comme disent les Canadiens), nécessitent moins de soins de santé."
  • "La quantité de services de soins de santé utilisée par les personnes âgées dépend principalement du nombre d’affections chroniques dont elles sont atteintes et non de leur âge."
  • "L’état de santé déclaré par le patient se dégrade à mesure que la comorbidité s’accroît."

Tout est là. On sait bien que l’âge n’est pas synonyme de maladie chronique. Cependant, voir la chronicisation s’installer pour certaines maladies qui pourraient être retardées de quelques années, voire évitées est essentiel pour un pays développé tel que le Canada.

Les auteurs préconisent la prévention, pour vieillir en bonne santé. Cela ne nous rappelle-t-il pas le "Plan national bien vieillir" en France ?


Source : Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), Rapport, Les personnes âgées et le système de santé : quelles sont les répercussions des multiples affections chroniques ?, Seniors and the Health Care System : What Is the Impact of Multiple Chronic Conditions ? ; Canada, Ottawa :C.I.H.I, 24 p.

Voir notre entrée Chronisanté :

Voir aussi :


[1] Nous voyons plus volontiers ce terme en épidémiologie, ou bien en psychiatrie chez les étatsuniens. Pour une polypathologie, on dirait plutôt en anglais : multiple conditions, multimorbidity.

[2] Ici, la notion de personne serait à remplacer en France par "patient". On estime dans l’hexagone que l’approche centrée sur la personne est une prise en considération éthiquement correcte de la personne humaine. L’approche centrée sur le patient (personne malade), représente une optimisation des services autour du malade, qui n’a plus à se déplacer. La nuance existe en théorie.

[3] L’établissement du protocole de soins en affection de longue durée en France (ALD) demande également la signature du patient. Les détails d’un suivi médical n’y sont pas insérés. Cependant, pour le diabète (et d’autres maladies chroniques bientôt), le programme Sophia de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts) établira ce « contrat » si souhaité.