(2011) Etait-il besoin de prouver que s’aider entre diabétiques n’améliorait pas leur diabète

Publié le 15.03.2011 | Mise-à-jour le 02.08.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

La réponse est oui - Une étude de haut niveau de preuve scientifique élimine l’idée qu’il suffirait de... s’entraider !


Le diabète de type 2 est une maladie complexe. Véritable facteur de risque cardiovasculaire, cette maladie à la surveillance toujours plus étroite [1] est en grande partie génétique, liée à l’âge et/ou au poids, déclenchée par des facteurs environnementaux qui restent à découvrir. Elle est un danger pour le coeur, les reins, l’oeil et les artères, surtout quand elle rentre dans le cadre d’un syndrome métabolique [2]. Le cadre théorique sous-jacent à l’idée d’entraide dans la prise en charge d’une maladie chronique est celui du soutien social [3]. L’idée de constituer des groupes avec des "pairs-aidants" comme "experts" pour soutenir leurs semblables semble originale. Elle est plutôt une réalité depuis que l’OMS oms l’a promue. Les autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. sont recommandés, de toute façon. Les parfaire à plusieurs est une hypothèse.

Si organiser des réunions de pairs n’est pas compatible avec la réalité des cabinets libéraux de médecine générale en France, c’est en Irlande que la décision d’expérimenter cette pratique innovante a été prise [4]. Vingt cabinets de médecine générale ont été impliqués dans le dispositif qui a duré deux ans.

De tels programmes n’enlèvent rien au versant positif de l’éducation thérapeutique du patient en diabétologie [5]

Une étude, donc, permet de baser sur des faits prouvés (randomisation, étude contrôlée) [6] l’efficacité, chez des diabétiques, d’un soutien par les pairs. Quatre grands thèmes sont décrits concernant les pairs :

  • Choix et formation des participants ;
  • Réunions de groupe (patient + aidant diabétique) ;
  • Soutien des pairs entraînés (manuel, matériel, protocole, organisation d’un événement annuel), analyse de leur désertion, etc. ;
  • Frais liés à leur déplacement...

On a mesuré, avant et après la mise en place de ce programme, ses effets positifs en s’aidant de ces paramètres :

A peu près 400 patients et aidants furent concernés, de 2007 à 2009. Les malades furent mieux suivis sur le plan de certains facteurs de risque cardiovasculaires associés au diabète - telle l’hypertension artérielle, que l’on peut envisager sous l’angle du syndrome métabolique, mais sans modification significative...

Les auteurs se demandent tout de même s’il ne serait pas intéressant de cibler davantage les sujets pouvant être enrôlés dans ce type de programme.

Ce n’est pas illogique de penser que ce programme fut utile pour certains. De là à généraliser ces pratiques innovantes, les spécialistes pensent qu’il ne le faut pas, car rien n’a été prouvé.


Source : Smith, S.M., Paul, G., Kelly, A., Whitford, D.L., O’Shea, E., O’Dowd, T., (2011) Peer support for patients with type 2 diabetes : cluster randomised controlled trial. BMJ, 342 : p. d715.


Voir aussi nos entrées Chronisanté :

Télémédecine, surveillance de la glycémie

Conversation entre soignant et soigné

Économie, prise en charge Disease management disease management Etats-Unis : le Disease Management est un système coordonné d’intervention et de communication en matière de soins, dirigé vers des populations pour lesquelles les efforts des patients eux-mêmes ont un impact significatif. Pour une histoire documentée du concept, voir le Glossaire. , HbA1c, élément de suivi


[1] Voir les recommandations pour le diabète de type 2 en France(Guide médecin ALD n°8 - Diabète de type 2, Haute autorité de santé.

[2] Le syndrome métabolique est en premier lieu une "obésité abdominale" (calculée par un tour de taille supérieur à 102 chez l’homme et 88 chez la femme (sorte d’aide-mémoire à corréler au reste ( !)). C’est le témoin de la graisse abdominale associée à deux autres facteurs de risque cardiovasculaire. Par exemple, selon des experts, en 2005, une nouvelle définition, "cliniquement accessible" du syndrome métabolique est la suivante : "Une personne sera définie comme atteinte du syndrome métabolique si elle a une obésité centrale (abdominale) ajoutée à deux des quatre facteurs suivants : triglycérides élevés, cholestérol HDL bas (pour High Density Lipoprotein, celui qu’on qualifie de "bon" cholestérol), tension artérielle élevée ou niveau élevé de glucose à jeun. On inclut le sexe, et on prend en compte l’ethnie pour l’obésité centrale mesurée par le tour de taille (opinions d’experts en diabétologie, en cardiologie, en lipidologie, en santé publique, en épidémiologie, en génétique, en métabolisme et nutrition, du monde entier).

[3] Terme de sociologie né à la fin du XXe siècle avec plusieurs acceptions qui signifie grossièrement que la vie quotidienne est améliorée par les relations qu’on peut établir avec d’autres. Accompagnés de psychothérapeutes, des groupes autour d’une pathologie telle que la toxicomanie ou l’alcoolisme ont montré leur efficacité.

[4] Les cabinets de médecine générale chez le General Practitioner (GP) (médecin généraliste) payé par l’État sont des maisons qui peuvent accueillir des équipes pluridisciplinaires et des patients regroupés.

[5] Des équipes de professionnels de santé (des spécialistes de l’éducation, des diététiciens, etc.), proposent un programme particulièrement adapté et rodé à ces patients aux facteurs de risque multiples. En France, ces programmes éducatifs sont courants, voire "obligatoires", dans le parcours d’un diabétique.

[6] Randomisé : les diabétiques bénéficiant de l’étude sont choisis au hasard,. Contrôlée : certains n’en bénéficiant pas (choisis au hasard), constituant un groupe dit "témoin".