(2011) La place de la santé physique dans la prise en charge psychiatrique de la schizophrénie

Publié le 04.10.2011 | Mise-à-jour le 19.04.2013 | par Laurent Panes

Les patients schizophrènes ont une espérance de vie inférieure de 20 ans à celle de la population générale


Si le suicide est une cause importante de mort prématurée [1] chez ces malades, les affections somatiques représentent cependant deux tiers de ces décès précoces, avec, en première ligne, les maladies cardiovasculaires.

Le traitement pharmacologique (par antipsychotiques) de la schizophrénie améliore globalement l’espérance de vie, mais comporte un risque important :

  • de toxicité cardiovasculaire (syndrome métabolique [2], anomalies de l’électrocardiogramme...) - que vient encore aggraver le mode de vie (inactivité physique, comportements à risque...) ;
  • ainsi que celui de cancers.

Un suivi médical de mauvaise qualité a également été avancé comme facteur contribuant à cette surmortalité, engageant alors la responsabilité de l’équipe de santé mentale.

C’est dans ce cadre que la Fédération régionale de recherche en santé mentale (F2RSM) du Nord-Pas-de-Calais [3] a entrepris en 2009 une vaste étude sur la prise en compte, dans le dispositif de santé mentale, de l’état somatique des patients schizophrènes, à travers l’étude de leurs dossiers médicaux.

Les principaux points sur lesquels a porté l’analyse étaient :

  • le risque cardiovasculaire ;
  • le dépistage et la prévention des cancers ;
  • l’évaluation des habitudes de consommation (conduites d’alcoolisation, tabagisme, cannabis, régime alimentaire).

Globalement, l’enquête a mis en évidence la "collaboration quasi généralisée" entre santé mentale et médecine somatique : la plupart des services étudiés bénéficiaient du concours de médecins généralistes (82,8%), et différents résultats d’examens cliniques et de bilans biologiques étaient présents dans la grande majorité des dossiers.

Le risque de trouble métabolique, du fait qu’il est lié au traitement par neuroleptiques, est largement pris en compte : "le bilan lipidique et la glycémie sont documentés dans les deux tiers des dossiers", mais la surveillance ne fait l’objet d’un protocole que dans 24% des cas. De plus, "des éléments simples de surveillance d’apparition d’un trouble métabolique ne sont pas encore mis en place".

Les comportements à risque pour la santé (consommation de tabac, cannabis, alcool...) sont encore trop peu relevés dans les observations cliniques. Quand ils le sont, ni les entretiens, ni les aides proposés ne sont standardisés. Le régime alimentaire, par contre, "est plus souvent pris en compte et bénéficie d’une offre d’aide plus importante".

Pour les cancers, selon les auteurs de l’étude, les équipes de santé mentale ne se sentent pas véritablement impliquées. En effet, contrairement aux types de risques précédents, le cancer est loin de la clinique des maladies mentales. De ce fait, "l’immense majorité des observations cliniques des dossiers ignorent cet aspect de la prévention primaire".

Ce serait donc un point à développer, afin de réfléchir sur "la place de l’équipe de santé mentale dans le parcours de soin et de prévention des patients" schizophrènes d’une manière globale, qui prendrait en compte la santé "au même titre que les addictions ou le syndrome métabolique".
Plus globalement, selon les auteurs de l’étude, "la question du bilan somatique minimal chez les personnes souffrant de troubles mentaux, de son organisation, de ses acteurs, ainsi que la toujours impérative nécessité de collaboration entre somaticiens et psychiatres est plus que jamais d’actualité."


Source :

Référence bibliographique

Danel T. et al (2011). La santé physique des personnes souffrant de schizophrénie : implication du dispositif de soins psychiatriques. L’Information psychiatrique 87(3), 215-222.

Voir aussi notre entrée Chronisanté :


[1] Mortalité prématurée : celle qui survient avant 65 ans et dont une grande partie est évitable.

[2] Au milieu des années 2000, une personne sera définie comme atteinte du syndrome métabolique si elle a une obésité centrale (abdominale) ajoutée à deux des quatre facteurs suivants : triglycérides élevés, cholestérol HDL bas (qualifié de "bon" cholestérol), tension artérielle élevée ou niveau élevé de glucose à jeun. On inclut le sexe, et on prend en compte l’ethnie pour l’obésité centrale mesurée par le tour de taille (opinions d’experts en diabétologie, en cardiologie, en lipidologie, en santé publique, en épidémiologie, en génétique, en métabolisme et nutrition, du monde entier).

[3] La F2RSM regroupe la totalité des "établissements de soins publics, privés et Espic" (Établissements de santé privés d’intérêt collectif, gérés par des associations) ayant en charge les services de psychiatrie, soit 31 en tout. Elle a pour mission d’en être "l’observatoire régional", et de promouvoir et valoriser les activités de recherche et de partage des pratiques de soins.