(2011) La réponse à la gestion des maladies chroniques par l’analyse des demandes de prestations, Australie

Publié le 08.11.2011 | Mise-à-jour le 10.11.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Comment on lie statistiquement : inégalités de santé, maladies chroniques et mode de vie inadéquat


Connaître quelles sont les demandes de prestations des sujets malades chroniques pour mieux les prendre en charge en soins de santé primaires Soins de santé primaires Equivalent en français de "Soins de premier recours". Ce terme issu de la littérature anglaise (primary care) désigne les soins de première ligne, porte d’entrée vers tous les soins plus spécialisés. Voir le Glossaire. (médecine générale en l’occurrence ici).

Medicare Medicare Couverture santé créée suite à l’adoption du Social Security Act, loi réformant l’assurance maladie aux Etats-Unis dans les années 1960.  [1] est en Australie un organisme d’État remboursant les frais médicaux (l’assurance santé étatsunienne du même nom est réservée aux personnes âgées).

Les soins en médecine générale sont le plus souvent rémunérés à l’acte (Fee for Services), payés par Medicare, à la demande, par la "réclamation" de Medical Benefits Schedule (MBS), avec copaiement copaiement Le patient paie un montant forfaitaire pour chaque consommation de bien ou service (par exemple, par consultation, par journée d’hospitalisation, etc.) éventuel par le patient. En 1999, l’introduction de Enhanced Primary Care (soins de premier recours Soins de premier recours Comme son nom l’indique, le médecin généraliste est le soignant de l’offre de soins de premier recours. "avancés") a permis d’améliorer les prestations de soins. Cependant financièrement, les maladies chroniques représentent :

  • 117 millions de dollars australiens en 2005-2006 ;
  • 311 millions en 2009-2010.

Ainsi, étudier les caractéristiques des sujets qui se déclarent malades chroniques et qui requièrent une prestation par MBS auprès de l’assurance santé a semblé être une piste de réflexion suffisamment intéressante pour les auteurs spécialistes de politique sanitaire.

Ils ont observé les besoins exprimés par les malades et leur justification.

L’étude a analysé de façon transversale les dossiers des 102 934 premiers participants à une étude de cohorte à grande échelle (45 et Up Study), en Nouvelle-Galles du Sud :

  • hommes et femmes âgés d’au moins 45 ans ;
  • de janvier 2006 à juillet 2008 (18 mois).

On leur a présenté une liste d’une vingtaine de pathologies assez courantes et on leur posait la question suivante : "Un médecin vous a-t-il déjà annoncé que vous souffriez de" :

  • diabète (n= 9 113) ;
  • maladie cardiovasculaire (n=12 545) ;
  • asthme (n=7 659).

On extrayait ensuite de la base de données de Medicare des groupes de sujets sans préjuger de la gravité de leur maladie, de façon assez sommaire.

Toutes les requêtes émanant des médecins généralistes de ces patients - dans les 18 mois précédant l’étude - ont été extraites pour analyse (dossiers MBS pour Medicare).

Proportion de personnes sollicitant des MBS :

  • 18,5% pour l’asthme [2] ;
  • 22,3% pour les maladies cardiaques ;
  • 44,9% pour le diabète.

Majoritairement, les malades chroniques ne postulent pas pour une prestation supplémentaire. Parmi ces trois groupes de pathologies, c’est le diabète qui nécessite logiquement des soins chroniques plus complexes, multidisciplinaires, avec des recommandations codifiées. S’y ajoutent des propositions d’enseignement (éducation thérapeutique du patient), d’interventions ponctuelles d’autres soignants.

Pour les maladies cardiaques et l’asthme, les personnes les plus susceptibles de déclarer un "élément de maladie chronique" avec prestation spécifique sont :

  • des femmes ;
  • âgées ;
  • de niveau de revenu faible ;
  • d’éducation sommaire ;
  • avec de multiples affections chroniques (polypathologie) ;
  • de santé - auto-évaluée - passable ;
  • avec obésité ;
  • et un faible niveau d’activité physique.

Ce sont bien elles qui ont la plus mauvaise santé.

Pour le diabète : rien ne permet de le relier aux polypathologies, ni au tabagisme, ni au faible "taux" d’activité physique.

Modes de vie, facteurs sociodémographiques et économiques sont à considérer au même titre que les MBS, qui concernent les maladies chroniques.

Cette étude sur une centaine de milliers de personnes établit objectivement les connexions connues des spécialistes. La "précarité" avec son cortège de facteurs de risque est fortement liée aux maladies chroniques. Et les items de compléments de soins prévus par l’assurance santé bénéficient à ceux qui en ont le plus besoin.


Source :

Référence bibliographique

Douglas, K.A., Yen, L.E., Korda, R.J., Kljakovic, M., Glasgow, N.J. (2011) Chronic disease management disease management Etats-Unis : le Disease Management est un système coordonné d’intervention et de communication en matière de soins, dirigé vers des populations pour lesquelles les efforts des patients eux-mêmes ont un impact significatif. Pour une histoire documentée du concept, voir le Glossaire. items in general practice : a population-based study of variation in claims by claimant characteristics. Med J Aust, 195(4), 198-202.

Voir aussi notre entrée Chronisanté :


[1] Cette assurance santé couvre quasiment l’ensemble de la population australienne. Le patient réclame son remboursement et reçoit un "chèque" libellé au nom de son médecin.

[2] Maladie qui, quand elle est aiguë, n’est pas problématique en permanence, d’où les demandes d’actes de soins "chroniques" relativement faibles, Ndlr.