(2011) Perception de surconsommation médicamenteuse : prédiction d’oublis involontaires !

Publié le 07.07.2011 | Mise-à-jour le 03.05.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Croyances [1] négatives influençant la non observance médicamenteuse, même non intentionnelle, chez les malades chroniques


Il est intéressant de comprendre les raisons de la non observance thérapeutique. On se penche dans un article récent à l’observance médicamenteuse, qui peut être définie par la volonté du patient de coopérer à son traitement médicamenteux. Ainsi, il respecte : la posologie (quantité), le moment de la prise (répartition dans la journée) et la durée du/des traitement(s) (le plus souvent des traitements longs et parfois lourds, pour les malades chroniques qui sont ici les sujets d’étude).

Des théories psychosociales permettent de comprendre le concept d’adhésion (ou de compliance, ou d’observance). Selon le modèle d’autorégulation (modèle théorique de la compliance issu du Common-sense model of self-regulation), le comportement d’adhésion résulte de l’établissement en parallèle et en continu d’évaluations cognitives et émotionnelles, soit d’une adaptation.

L’étude en source ci-dessous, la première du genre, a porté sur 309 patients allemands présentant une ou plusieurs maladies (polypathologie), tous âgés, de 65 à 85 ans [2]. En effet cette étude est motivée par l’aggravation certaine, chez ces sujets fragiles, de leur état de santé, du fait d’une non observance médicamenteuse.

Ainsi, pour les médicaments que le patient s’administre seul, on peut classer la non observance en :

  • intentionnelle (choix de ne pas ingérer un médicament, décision de changer - arbitrairement ou non [3] - sa posologie) ;
  • non intentionnelle (oubli involontaire de comprimés, "accident").
    - —> Cette dernière dépend de nombreux facteurs bien peu compréhensibles par la seule logique.

L’observance thérapeutique et les croyances à propos des médicaments ont été évaluées par questionnaire (Reported Adherence to Medication scale (RAM)). Des statistiques ont permis de prédire la non-observance individuelle intentionnelle et accidentelle. Durant six mois, des évaluations des croyances à l’égard des traitements ont été établies à trois reprises.
Leurs changements influaient sur les types "d’inobservance" (de non observance) :

  • intentionnelle (dépendait de ce que le patient pensait de son médicament (efficacité, importance), spécifiquement) ;
  • non intentionnelle (était liée à la croyance en une surconsommation générale).

Les auteurs montrent donc que l’une comme l’autre dépendent de la croyance.

La leçon pour les spécialistes de l’éducation thérapeutique du patient : prendre en compte cette composante psychologique : la croyance.


Source :

Schuz, B., Marx, C., Wurm, S., Warner, L.M., Ziegelmann, J.P., Schwarzer, R., Tesch-Romer, C., (2011). Medication beliefs predict medication adherence in older adults with multiple illnesses. J Psychosom Res,70(2):179-87.

Voir aussi nos entrées Chronisanté

Observance

Pharmacien


[1] Voir le concept de Modèle de croyance de la santé, dans le Glossaire multilingue sur le site de la Banque de données en santé publique. Extrait :

Le modèle de croyance de la santé a été développé la première fois par un groupe de psychologues pour aider à expliquer pourquoi les gens utilisaient ou n’utilisaient pas les services de santé et de dépistage en particulier. Son utilisation au delà de ce contexte doit être prudente. (...)

Connaissances, croyances, attitudes et comportements étant des concepts distincts, utilisés en psychologie, en sciences sociales ou en santé publique - éducation pour la santé, promotion de la santé, afin de comprendre les déterminants favorables à la santé ("salutogènes").

[2] Issus d’une grande étude allemande sur le vieillissement.

[3] Des effets indésirables gênants, parfois très généraux, impliquent cependant que le patient ne peut continuer à s’auto-administrer le traitement que le médecin continue de lui prescrire (vertiges, fatigue, nausées).