(2011) Prise de décision partagée (Shared Decision Making (SDM) en anglais) : pour quel type de soin chez les patients malades chroniques et handicapés ?

Publié le 09.04.2013 | Mise-à-jour le 14.04.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

La réalité de leur expérience rejoint-elle celle de leur préférence ?


Une recherche effectuée aux Pays-Bas évalue la participation des patients malades chroniques à la prise de décision partagée Prise de décision partagée (PDP) [1] au regard de différents types de soins ; l’objectif de l’étude est d’analyser leur implication dans la PDP selon le "soin" qui leur est prodigué, et dans quelle mesure leur participation témoigne de l’importance qu’ils attachent à la PDP.

Plus précisément, la recherche tente de répondre aux questions suivantes :

  • Dans quelle mesure les patients malades chroniques et les handicapés souhaitent-ils participer à la PDP ?
  • Quelle est leur implication réelle ?
  • En fonction de quels soins ?
  • L’expérience vécue témoigne-t-elle de l’importance que les patients attachent à la PDP ?

Population étudiée

Les auteurs utilisent le National Panel of people with Chronic illness or Disability (NPCD), qui fournit des données néerlandaises de base sur :

  • la santé perçue ;
  • l’utilisation des services de santé ;
  • et la participation sociale des personnes atteintes de maladies chroniques.

L’échantillon de l’étude se compose finalement de 812 patients qui ont vécu une situation de prise de décision lors de l’année précédente.

Méthodologie

Les données ont été recueillies grâce à un questionnaire d’auto-évaluation en 2006, puis ont été analysées par des moyens statistiques élaborés et adéquats afin de discerner des corrélations explicites (Régression linéaire multiple [2]).

Trois différentes analyses de régression multiples ont été effectuées.

  • Tout d’abord, les auteurs ont cherché à savoir si l’importance accordée à la PDP dépendait du type de soins (outre les caractéristiques des patients).
  • Ensuite, ils ont examiné si l’expérience des patients dans la prise de décision dépendait du type de soins (en séparant la variable concernant les caractéristiques des malades et de leurs aidants naturels).
  • En troisième lieu, la corrélation entre l’importance accordée à la PDP (subjective) et l’implication dans le processus de prise de décision (objective, réelle) a été évaluée.

Mesure selon le type de soins

Les patients rapportent qu’une décision a été prise au cours de la dernière année sur : les soins médicaux (N = 577), les soins à domicile (N = 189), le travail et la santé (N = 61), ou le "style de vie" (N = 312) (mesures hygiéno-diététiques en français, Ndlr).

Des questions sur les soignants complètent l’étude

2. Qui a été soignant (le plus) impliqué dans ce processus de prise de décision ? (réponses pré-structurées). 3. Était-ce un soignant homme ou femme ? 4. Dans quelle mesure était-il important pour le soignant d’inciter le patient à être impliqué dans le processus de prise de décision ? 5. Dans quelle mesure le soignant a-t-il facilité l’expérience de l’implication dans la décision ?

Résultats

Les participants attachent la plus grande importance à la PDP lorsque des questions sur leur santé au travail sont en jeu, mais ils perçoivent comme relativement faible leur implication effective.

Face aux soins médicaux ou aux soins à domicile, ils expérimentent des niveaux de participation plus élevés.

Enfin, l’importance accordée à la PDP n’est liée que modérément à l’expérience du rôle des patients dans la prise de décision réelle.

Conclusion

Les patients attachent une très grande importance à être consultés pour chaque prise de décision dite "partagée", d’autant plus quand la médecine du travail intervient. Ils ne sont prononcent pas vraiment lorsqu’ils le souhaitent le plus. Les auteurs proposent que les professionnels de santé soient davantage attentifs au désir réel des patients, celui de participer aux décisions de façon responsable, et ceci à chaque fois qu’une nouvelle "question de santé" est posée.

Leurs implications subjective (préférence) et objective (expérience) doivent se rencontrer.


Sources :

van den Brink-Muinen, A., Spreeuwenberg, P., RijkenPatient, M., (2011), Preferences and experiences of chronically ill and disabled patients regarding shared decision-making : Does the type of care to be decided upon matter ?, Education and Counseling, 84(1):111-7

Voir aussi dans Chronisanté

Dans Dimension > Sociale psychologique

Autoresponsabilité

Décision en fin de vie


[1] Ou décision par consensus, au Québec, Voir Le Granddictionnaire terminologique québécois, définition : "Processus de décision dans lequel tous les membres du groupe exercent un rôle responsable. Le personnel ne prend aucune décision unilatérale qui affecte directement la communauté."

[2] "La régression linéaire multiple est une analyse statistique qui décrit les variations d’une variable endogène associée aux variations de plusieurs variables exogènes". Voir Wikipédia