(2011) Prise en charge de la maladie mentale en soins de santé primaires : prévenir le risque cardiovasculaire

Publié le 25.10.2011 | par Laurent Panes

Les patients atteints de troubles mentaux peuvent perdre jusqu’à trente ans d’espérance de vie par rapport à la population générale


On a relevé, dans les pathologies mentales sévères (schizophrénie, trouble bipolaire, dépression), un mortalité plus importante. Des comorbidités somatiques, facteurs de risque de pathologies cardiovasculaires, sont en effet plus fréquentes chez ces derniers :

  • Obésité ;
  • hypertension ;
  • diabète ;
  • syndrome métabolique.

Parmi les facteurs intervenant dans cette relation, on a :

  • les effets secondaires des médicaments psychotropes ;
  • un régime alimentaire déséquilibré ;
  • une impulsivité accrue ;
  • le manque d’exercice physique...

Pour ne rien arranger, ces patients présentent en général une moindre observance des traitements prescrits, des recommandations préventives et des soins autogérés (autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. ). Et, trop souvent, leur médecin traitant sous-estime les risques somatiques accompagnant la pathologie mentale...

Du fait de la toxicité importante des antipsychotiques prescrits en psychiatrie, l’American Diabetes Association a formulé un ensemble de recommandations pour en minimiser la portée sur le poids :

  • prendre en compte les risques métaboliques ;
  • éduquer le patient, la famille, et les aidants ;
  • assurer les examens de dépistage de base, ainsi qu’un suivi régulier ;
  • se tourner vers les services spécialisés en cas de nécessité ;
  • envisager un changement d’antipsychotique à partir du moment où l’on constate une prise de poids de 5% ou plus ; lorsque le patient développe une dyslipidémie ; ou lorsque s’aggrave une hyperglycémie préexistante.

Un suivi thérapeutique pharmacologique est conseillé, avec des visites plus ou moins rapprochées dans le temps, selon divers paramètres :

  • ethnie ;
  • histoire familiale ;
  • poids, pression sanguine, taux de glucose ou de lipide supérieurs aux normes admises ;
  • mode de vie...

Des interventions au niveau du mode de vie afin de prévenir la prise de poids, sont indiquées, selon les différentes recommandations en vigueur, pour tout patient dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 25kg/m2. Les plus efficaces sont, sous forme combinée, le traitement diététique (régime alimentaire à basses calories), l’exercice physique, la thérapie comportementale.
Plusieurs études cliniques ont également montré les bénéfices de ces interventions en termes de perte de poids et de réduction des facteurs de risques pour l’hypertension et le diabète.

Mais la question centrale qui se pose est celle de la coordination Coordination des soins entre médecins généralistes et psychiatres : aux États-Unis, seule une personne sur deux atteinte de troubles mentaux sévères va consulter un médecin somaticien pour des questions de santé physique.

Un nombre croissant d’organisations appellent ainsi à une meilleure collaboration entre soins de santé primaires Soins de santé primaires Equivalent en français de "Soins de premier recours". Ce terme issu de la littérature anglaise (primary care) désigne les soins de première ligne, porte d’entrée vers tous les soins plus spécialisés. Voir le Glossaire. et soins spécialisés de santé mentale, afin d’élaborer en commun un programme visant à adopter un mode de vie (régime alimentaire, exercice) plus sain, encourager la perte de poids, et assurer un suivi régulier par une équipe multidisciplinaire.


Source :

Gibson M. et al (2011). Treatment of Co-Morbid Mental Illness in Primary Care : How to Minimize Weight Gain, Diabetes, and Metabolic Syndrome. International Journal of Psychiatry in Medicine 41(2), 127-142.

Voir aussi notre entrée Chronisanté :