(2011) S’intéresser aux événements évitables en psychiatrie, c’est s’exposer à la critique

Publié le 08.06.2011 | Mise-à-jour le 14.06.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

La prise en charge de certains troubles mentaux chroniques fait défaut : le rapport de l’IGAS est grave, logique et utile


Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui a fait scandale dans les médias en mai 2011 s’est penché très exactement :

  • sur l’analyse des accidents évitables lors d’hospitalisations dans les établissements de santé spécialisés en psychiatrie en France.

Cette analyse des événements évitables est une démarche "qui fait peur", d’autant que la description précise et véridique de cas de malades mentaux (voir le rapport en ligne, en source ci-dessous) peut heurter le lecteur lambda, alors même que c’est une façon de faire le bilan de l’existant.

L’idée serait de préparer l’avenir de la psychiatrie de secteur (le nom donné au fait d’attribuer un service psychiatrique précis à une zone du territoire français), de tirer des leçons pour faire évoluer l’offre de soins, d’émettre des recommandations "opérationnelles".

Concernant les malades mentales chroniques graves (psychose, affection de longue durée, ALD n° 23), nous relevons ci-après des faits marquants.

Patient réfractaire au traitement : une réalité

  • On y parle d’un patient hétéro-agressif (violent) hospitalisé librement (et non à la demande d’un tiers ou d’office), depuis plusieurs années, réfractaire à tout traitement, qui change de service régulièrement. Cette "stratégie" permet aux équipes soignantes de souffler, tellement "l’impasse thérapeutique" est réelle. Les auteurs expliquent que des unités spéciales existent dans certains pays. Des structures trop légères, comme celles qui accueillent ce patient en France sont dans l’incapacité incapacité de répondre à certains de ses besoins. Les Unités pour malades difficiles (UMD) françaises accueillent des malades sur de trop courtes durées, alors que ce patient demande des soins constants. Cette histoire est de surcroît vécue comme un échec. Ce "syndrome de la patate chaude" qui atteint le malade est inacceptable, évidemment.

Cannabis et maladies mentales chroniques

  • On y parle aussi du cannabis, arguments tirés du résultat d’un millier d’études scientifiques, page 5 : on y affirme une augmentation des psychoses chroniques du fait de la consomation de cette drogue. C’est le cas du "risque" de schizophrénie. Les experts dénoncent le cannabis comme décompensateur de maladies mentales chroniques chez les adolescents en croissance. Et la consommation de cannabis majore le risque de violence ou d’homicide chez les patients schizophrènes ou ceux atteints de troubles bipolaires, prédisposés aux troubles du comportement. Le cannabis circule sous les yeux impuissants des personnels, sans moyens de freiner un trafic généralisé.

Télécharger le rapport sur le site officiel de la Documentation française :
- Lalande, F., Lepine, C., (2011) Analyse d’accidents en psychiatrie et proposition pour les éviter, 200 p.

Voir aussi notre entrée Chronisanté :