(2011) Sida après anti-rétroviraux : prendre en charge le patient suffisamment tôt pour le voir malade chronique

Publié le 03.11.2011 | Mise-à-jour le 24.04.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Les patients séropositifs au VIH voient-ils leur espérance de vie s’approcher de la normale ?


Grâce à un traitement très précoce, l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ne sera bientôt plus « qu’un facteur de risque », maîtrisable.

Sachant que :

  • les personnes séropositives au VIH ;
  • pouvant bénéficier encore plus "tôt" des antirétroviraux (ART pour antiretroviral therapy) ;
  • y répondant bien ;
  • voient leur espérance de vie [1] augmenter ;

une recherche de grande ampleur a comparé l’espérance de vie de personnes sous traitement ART à celle de la population générale du Royaume Uni entre 1996 et 2008 :
— > en fonction du degré de progression de la maladie à l’introduction du traitement ;
— > grâce au recueil de dossiers médicaux informatisés des patients adultes séropositifs (il existe au Royaume Uni des centres de référence pour le VIH).

Issue de l’étude de cohorte existante Collaborative HIV Cohort (UK CHIC)) débutée en 2001, la recherche a intégré et analysé les données de 1996, date des premières thérapies antirétrovirales révolutionnaires.

Espérance de vie

En suivant des patients sur plus de 10 ans (1661), 1248 patients ont été comptés morts (soit au total : suivi de 91 203 personnes-années [2]).

De 1996 à 2008, l’espérance de vie des patients de 20 ans, séropositifs, a augmenté de plus de 15 ans. Avec la composante connue : augmentation de l’espérance de vie globale. Elle suit une progression linéaire, tout en restant inférieure à celle de la population générale.
L’espérance de vie à 20 ans d’un patient séropositif au VIH :
— > augmentation de 30.0 à 45.8 ans de 1996-9 à 2006-8.

  • 39,5 ans versus 57,8 dans la population générale pour les hommes ;
  • 50,2 ans versus 61,6 ans dans la population générale pour les femmes.

Taux de CD4

Par ailleurs, le timing du traitement associant au moins trois antirétroviraux a été corrélé au taux de lymphocytes CD4 (cellules de l’immunité qui, détruites, entraînent l’immunodéficience - sida signifie syndrome d’immunodéficience acquise). Les traitements étaient introduits lorsque le taux de CD4 devenait inférieur ou égal à 350 par mm ³. Pour un patient de 20 ans, l’espérance de vie est de :

  • 38 ans (CD4 < 100) ;
  • 41 ans (CD4 compris entre 100 et 199) ;
  • 53,4 ans (CD4 compris entre 200 et 350).
    On note que le traitement tardif est défini par la prise d’antirétroviraux lorsque les lymphocytes CD4 se retrouvent inférieurs à 200 par mm³ (le taux normal se situe entre 500 et 1000 par mm ³, Ndlr).

Conclusion

Pour celui qui a accès aux thérapies antirétrovirales, être atteint par le VIH, c’est en effet aujourd’hui être un malade chronique. Avoir contracté ce virus, c’est un facteur de risque, grave, mais que l’on peut, selon les auteurs, comparer au fait de fumer ou de boire trop d’alcool…

Il est donc important, sur le plan de la santé publique, de dépister les patients séropositifs suffisamment tôt dans l’évolution de leur maladie. A partir du moment où le patient est dépisté séropositif, il devrait peut-être être traité par antirétroviraux.

En conséquence, en prenant en charge l’infection au VIH suffisamment tôt, il est possible de retarder la chute des lymphocytes CD4, et donc le logique passage vers le sida (syndrome d’immunodéficience acquise (sida)).

Ainsi, le système de santé prend en charge davantage de malades chroniques, dont ceux atteints par le VIH.

On peut considérer que cet article a de l’importance pour :

  • le système de soins : prise en charge de davantage de malades chroniques, organisation, etc. ;
  • les spécialistes de la santé publique : l’étude est une contribution à l’intensification du dépistage ;
  • les patients : leur espérance de vie approchera celle de la population générale (actuellement : 13 ans de moins que le reste de la population britannique...).

Sources

Référence bibliographique

May, M., Gompels, M., Delpech, V., Porter, K., Post, F., Johnson, M., Dunn, D., Palfreeman, A., Gilson, R., Gazzard, B., Hill, T., Walsh, J., Fisher, M., Orkin, C., Ainsworth, J., Bansi, L., Phillips, A., Leen, C., Nelson, M., Anderson, J., Sabin, C. (2011) Impact of late diagnosis and treatment on life expectancy in people with HIV-1 : UK Collaborative HIV Cohort (UK CHIC) Study. BMJ,, 343, pp. d6016.

Voir aussi nos entrées Chronisanté en rapport avec le VIH


[1] Estimation du nombre moyen d’années qu’une personne, à un certain âge, peut s’attendre à vivre. (...) Voir le Glossaire multilingue sur le site de la Banque de données en santé publique (BDSP).

[2] On mesure le nombre de jours d’exposition de chaque patient au VIH, et on re-divise le tout par 365, pour obtenir la notion d’années... La mort de certains d’entre eux amène ce chiffre total de "participations" individuelles à l’étude. "Par exemple, si 100 personnes à risque ont été étudiées pendant 2 ans, la durée totale de suivi est de 200 personnes-années". Source : Incidence (épidémiologie), Wikipédia