(2011) Utilisation de données administratives : multimorbidité de personnes hospitalisées

Publié le 10.11.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Des maladies chroniques prises en charge à l’hôpital, fréquemment liées, sont elles-mêmes couplées à d’autres pathologies


Un article hollandais examine comment l’utilisation des données administratives permet de faire des rapprochements cliniques. Un malade atteint de polypathologie (plus d’une maladie, le plus souvent chronique) est hospitalisé. Or les données administratives ne sont que rarement utilisées pour établir des connexions entre plusieurs groupes de maladies.

Cet article examine des ratios de prévalence de paires de pathologies, et en déduit une image de la multimorbidité, en fonction du temps. Certaines associations, peu nombreuses, sont étroites sur le plan statistique. D’autres groupes de maladies (clusters statistiques) sont plus fréquents, mais moins profondément "solidaires".

Un nombre impressionnant de 4 521 856 dossiers, correspondant au registre hospitalier hollandais durant 10 ans (1995-2004), a été analysé :

  • recueil de données sociodémographiques (âge, sexe...) ;
  • ratios observés /ratios attendus des appariements de pathologies, sur différentes périodes (1998, 2004, 2000-2004, 2002-2004, 1995-2004...).

La "multimorbidité" a été considérée au niveau du patient, et les maladies deux par deux [1].

"Co-associations"

En 2004, la "combinaison" la plus forte associait :

  • diabète ;
  • maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, cardiopathie coronaire) ;
  • bronchopneumopathie obstructive chronique et pneumonie (maladie aiguë).

Les malades mentaux, plus souvent alcooliques, avaient de graves maladies du foie.

C’est la septicémie (maladie aiguë par excellence), qui a été trouvée la plus proche de toutes les maladies chroniques. Vient ensuite l’anémie.

L’analyse a montré des associations fortes, avec des paires plus inattendues où les maladies chroniques étaient présentes :

  • anémie et schizophrénie ;
  • anémie et démences ;
  • maladies du rein et du foie ;
  • maladies de peau et insuffisance rénale.

Autres associations fortes attendues :

  • anémie, insuffisance rénale et septicémie ;
  • eczéma et diabète...

Selon les auteurs, la cohérence des ratios au fil du temps dépendait du nombre de cas observés et de la longueur de la période étudiée.

Conclusions :

Les auteurs ont pu :

  • quantifier des couples de "morbidités" connus tout en révélant des associations jusqu’alors peu décrites ;
  • connaître les appariements les plus forts ;
  • savoir quelles maladies, en particulier, se retrouvaient liées à des combinaisons de "comorbidités".

Ils émettent des réserves quant à leur approche descriptive qui peut mettre en évidence de "fausses" associations. Ils considèrent :

  • que la "multimorbidité" doit être mieux appréhendée, d’où leur approche "mathématique" ;
  • qu’il est utile de travailler sur des données statistiques complexes, du type de celles traitées dans leur étude, afin de mieux mieux gérer les coûts et la qualité des soins.

Il a été choisi d’exclure naissances et décès, c’est-à-dire les patients qui n’étaient pas présents vivants sur la période d’hospitalisation... Cela a évidemment introduit des biais (cancer, infarctus du myocarde, ...).


Source

Wong, A., Boshuizen, H.C., Schellevis, F.G., Kommer, G.J., Polder, J.J. (2011). Longitudinal administrative data can be used to examine multimorbidity, provided false discoveries are controlled for. J Clin Epidemiol, 64(10), 1109-17.

Voir aussi nos entrées Chronisanté :

Données numériques


[1] Si un patient a trois maladies, A, B, C, les probabilités sont : AB AC BC. Comme la classification en cours à l’hôpital hollandais comprend 130 grands groupes de pathologies (International shortlist for hospital morbidity tabulation (ISHMT), classification officielle EUROSTAT et Organisation mondiale de la santé (OMS)), on arrive à 8385 combinaisons possibles. S’ensuivent des calculs statistiques complexes, avec classes d’âge stratifiées. Par ailleurs, les auteurs ne se sont pas intéressés à des cas qui ne pouvaient pas correspondre à des personnes âgées, comme par exemple l’admission hospitalière pour maladie spécifique :

  • grossesse et accouchement ;
  • problèmes périnataux ;
  • traumatismes ;
  • "symptômes" (?) ;
  • malformations congénitales.

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