(2012) Dénutrition chez les personnes âgées et très âgées : recherche-action pour stratégie coordonnée de prévention

Publié le 26.02.2013 | Mise-à-jour le 05.06.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Elle représente une maladie chronique, à partir du moment où on la connaît, on la reconnaît et où on la combat, qu’elle soit endogène, exogène ou mixte ; une des définition est la suivante : Etat pathologique "résultant d’apports nutritionnels insuffisant en regard des dépenses énergétiques de l’organisme".


Dans le cadre du module interprofessionnel de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), le groupe n° 28 procède à une recherche-action (c’est à dire à une expérimentation en sciences sociales [1]) pour élaborer une stratégie coordonnée face à la dénutrition des personnes âgées et très âgées.

Elle entraîne la personne âgée dans une spirale qui conduit inexorablement à la dégradation de sa santé.

Connue des médecins, soignants et praticiens de la diététique et du social, la dénutrition est cependant souvent perçue comme une fatalité. Elle n’est pas suffisamment dépistée et traitée, selon les instances officielles représentant tous les professionnels en relation directe avec les personnes âgées. Une étude de la HAS de 2007 montre que les personnes âgées sont dénutries :

  • à domicile : 4 à 10 % ;
  • en institution : 15 à 38 % ;
  • à l’hôpital : 30 à 70 %.

Il s’agit d’un problème de santé publique : létalité croissante du fait du vieillissement de la population, de la croissance des maladies chroniques et coûts inhérents à cet état pathologique (renutrition médicalisée, traitement des complications sévères).

Depuis 2001, se succèdent en France des programmes nationaux "nutrition santé" (PNNS) - voir notre Rubrique Plans. Le volet "Manger bouger" de 2004 inscrivait la dénutrition comme une priorité de santé publique. Une des mesures du plan solidarité grand âge (2007-2012) était la suivante "Former les professionnels de l’aide à domicile à repérer les premiers signes de la dépendance (...) comme la dénutrition ; par ailleurs, l’axe 2 du Plan national bien vieillir 20017-2009 s’intitulait explicitement la nutrition (Ndlr).

Le guide méthodologique de l’étude que nous signalons ici prévoit de réaliser une vingtaine d’entretiens, en allant à la rencontre de professionnels intervenant auprès des personnes âgées. Un questionnaire leur est est "administré" :

  • entretien téléphonique (7 entretiens, 40 %) ;
  • entretien in situ en face à face (10 entretiens, 60 %).

Parmi les professionnels interviewés, on compte des "experts" incroyablement dissemblables :
gériatres, nutritionnistes, chercheurs, responsables - de restauration collective, de portage des repas, d’établissement d’hébergement pour personne âgée dépendante (Ehpad), chef de cuisine, fondateur ou membre (de société spécialisée (Saveurs et vie - repas à domicile, d’association (Nutrisénior - lutte contre la dénutrition), ingénieur restauration, infirmiers (nutritionniste, spécialiste de soins à domicile), auxiliaire de vie, diététiciens...

Le guide méthodologique est constitué d’étapes clés au cours desquelles un questionnaire composé de cinq questions ouvertes, proposées en entretiens semi-directifs, aborde les thèmes suivants :

  • 1 - Définition ?
  • 2 - Réaction aux chiffres de la Haute autorité de santé (HAS) ?
  • 3 - Mesures mises en place ?
  • 4 - Freins au dépistage et à la prévention ?
  • 5 - Solutions proposées ? Connaissances des recherches étrangères ?

D’une durée moyenne d’une heure, les conversations sont guidées par la méthodologie de départ. Cependant, les professionnels peuvent largement s’exprimer, ce qui permet de transcrire leurs discours, et enfin de constituer un tableau matriciel avec les idées force proposé dans le mémoire en source ci-dessous, en Annexe 1.

Il en ressort que tous les intervenants pensent que les chiffres de la Haute autorité de santé (HAS) sont sous-estimés.

Les auteurs synthétisent les causes et l’accompagnement du phénomène dénutrition. Les causes de cet état morbide sont multifactorielles. Parmi elles, on retrouve de façon constante le vieillissement physiologique (cause mixte  ? (Ndlr)), l’isolement (cause exogène ? Ndlr)), les polypathologies (cause endogène ? (Ndlr)).

Le contenu des entretiens a été riche d’enseignements.

La littérature scientifique concernant la dénutrition est abondante. Malgré les initiatives et dispositifs réels mis en oeuvre tout au long des parcours de soins et de vie des personnes âgées et très âgées, des freins demeurent.

Les auteurs citent "l’absence de sémantique commune (R.A.)" Parmi les actions préconisées pour y remédier :

  • formation des professionnels ;
  • information du public.

On peut citer aussi ici d’autres freins : les idées reçues, le coût de l’alimentation, la règlementation (avec son adaptation difficile aux cas individuels (comme les températures des repas)), les horaires obligatoires en institution, le temps repas (essentiel), la culture culinaire...

Les outils de prévention existent mais se révèlent peu usités : mallette MobiQual (pour Améliorer la qualité du service rendu en établissements et services médico-sociaux, initié par la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG)). Cette dernière est un outil de formation pour les soignants et non soignants en institution, qui peut se généraliser au domicile, lieu premier de la dénutrition) [2], audit de dénutrition, etc.

Parmi les mesures préconisées en stratégie coordonnée, sont décrits en particulier la convivialité et le lien social, l’hygiène bucco-dentaire, la qualité des prestations et le plaisir - leur adaptation, le rôle des cliniciens (dépistage, suivi et renutrition).

Les huit auteurs du mémoire signalent le "peu d’attrait" des médecins pour ce phénomène...


Sources

Bousquet, P., Chadeffaud, N., Laruée, P., Martinez, V., Bensmina, A., Even, F., Gobenceau, G., Janssen, J., (2012), Stratégie coordonnée de prévention de la dénutrition chez les personnes âgées et très âgées. Mémoire EHESP de Module Interprofessionnel (MIP). Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique. (E.H.E.S.P.), 61 p.

Voir aussi dans Chronisanté

Dans Dimension > Médicale accompagnement


[1] Essai de définition :

Il s’agit de recherches dans lesquelles il y a une action délibérée de transformation de la réalité ; recherches ayant un double objectif : transformer la réalité et produire des connaissances concernant ces transformations.

Pour en savoir plus, voir Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wikoutil i/Recherche-action#Principes.

[2] Voir notamment l’outil Nutrition, présentation, dernière version : avril 2011 sur le site Mobiqual.