(2012) Revue systématique qui s’intéresse de près au pharmacien dans la prise en charge des malades chroniques

Publié le 26.04.2012 | Mise-à-jour le 13.04.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

L’insuffisance rénale, maladie chronique aux multiples complications ou comorbidités, exige l’administration de schémas thérapeutiques complexes


Or seul le pharmacologue est un expert des médications. Il a probablement un impact sur le cours de la maladie : c’est ce que les auteurs tentent de relever en effectuant une revue systématique [1].

Méthodologie

L’interrogation des bases de données bibliographiques suivantes a été réalisée : Medline, International Pharmaceutical Abstracts, Pharmacy Abstracts et la Cochrane Library (service de médecine factuelle).

C’est ainsi que les auteurs ont choisi 37 études (38 articles), impliquant 4 743 participants, répondant au critère retenu : étude quantitative concernant un traitement médicamenteux.

Les pharmaciens ont identifié 2 683 des problèmes de médicament chez 1209 patients. Les résultats de huit études contrôlées démontrent que leurs interventions réduisent les hospitalisations, de toutes causes... Mieux encore : elles permettent de réduire l’incidence [2] des insuffisances rénales dite terminales (le stade de la dialyse) et les décès...

L’anémie [3], inhérente à la maladie rénale chronique est moins grave, de même que l’hypertension artérielle [4].

Le métabolisme phosphocalcique [5] se trouve mieux géré grâce à l’expertise des pharmaciens de même que celui des lipides (hypolipémiants).

Les résultats des études non contrôlées ont révélé l’impact positif des interventions pharmacologiques sur la réduction du nombre de rejets de greffe et les événements indésirables (49 patients (16,0%) versus 73 (21,3 %)).

Conclusions

Les études scientifiques examinant leur rôle dans la prise en charge des patients insuffisants rénaux chroniques sont rares, le plus souvent anecdotiques et non contrôlées, c’est-à-dire que l’on n’a pas "pris de groupe témoin" [6].

Cependant, malgré les réserves méthodologiques, les auteurs (portugais et australiens) concluent à l’intérêt empirique des interventions des pharmaciens dans la gestion de patients atteints d’insuffisance rénale chronique.


Salgado, T.M., Moles, R., Benrimoj, S.I., Fernandez-Llimos, F., (2012) Pharmacists’ interventions in the management of patients with chronic kidney disease : a systematic review. Nephrol Dial Transplant, 27(1) : 276-92.

Voir aussi nos entrées Chronisanté


[1] C’est une revue critique de la littérature publiée sur un sujet, en se basant sur le niveau de preuve scientifique des articles (c’est à dire la "médecine factuelle" ou Evidence-Based Medicine, ou bien encore dénommée médecine basée sur des faits prouvés, sur des preuves, sur "les preuves"). La définition suivante provient du site de référence en médecine factuelle, site du réseau francophone Cochrane : "La revue systématique est une démarche scientifique rigoureuse de revue critique des études effectuées. Cette démarche est constituée de plusieurs étapes. La première étape consiste à chercher toutes les études, essais cliniques ou autre étude appropriée, publiée ou non, qui ont répondu à une même question clinique précise ; par exemple, tous les essais cliniques effectués afin d’évaluer l’efficacité d’un traitement. Ensuite, la qualité de chaque étude est évaluée et la synthèse des résultats obtenus dans les études sélectionnées est effectuée. Finalement, si les données le permettent, une analyse statistique, appelée méta-analyse, est effectuée. Elle permet de regrouper les résultats quantifiés provenant de plusieurs études".

[2] Nombre des nouveaux cas observés d’une maladie donnée durant une période donnée.

[3] Due à la moindre production d’érythropoïétine (EPO), par destruction rénale. Cette hormone stimule la "fabrication" des globules rouges dans la moelle osseuse. Grâce à la fabrication de l’EPO, on traite aujourd’hui par hormonothérapie et fer cette vraie maladie associée (comorbidité), et l’on réduit ses symptômes (troubles cognitifs, du sommeil et de l’appétit), Ndlr.

[4] Régulée par voie hormonale.

[5] Calcium et phosphore restent perturbés par défaut de filtration. Leur équilibre est dépendant de l’hormone parathyroïdienne, produite en excès (hyperparathyroïdie secondaire), du fait d’une hypocalcémie et d’une hyperphosphorémie.

[6] Un groupe de malades pour comparaison, sans intervention.