(2012) VIH, traitement antirétroviral (ART pour antiretroviral therapy), rein : maladies chroniques observées chez 10 000 patients

Publié le 19.11.2012 | Mise-à-jour le 28.11.2012 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Des traitements efficaces protègent globalement le patient d’une insuffisance rénale chronique, multifactorielle, fréquente dans le VIH/sida : mais la néphrotoxicité réelle du Ténofovir est-elle modulée par les autres médicaments ?


La fonction rénale d’une cohorte [1] de patients découverts séropositifs pour le VIH (infectés par le virus du sida) et naïfs de protocoles thérapeutiques (communément dénommés naïfs) a pu être mesurée avant et après traitement antirétroviral (TAR) - en anglais : Antiretroviral Therapy (ART).

Principales données de cette ample étude observationnelle :

  • personnes éligibles : 3329 ;
  • période d’étude : avril 1996 à juillet 2009 pour étudier le long terme ;
  • durée médiane [2] : 4,8 ans ;
  • nombre de TAR distincts 15 ;
  • classement en catégories finales : 4 TAR différents (A, B, C, D) regardés de près.

  • (A) Ténofovir [3] + Ritonavir "booster" - inhibiteur de protéase (ou Ténofovir potentialisé par le ritonavir (IP/r)) [4] (en anglais : Ritonavir-boosted protease inhibitor (rPI)) ;
  • (B) Ténofovir et un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (en anglais : Non-nucleoside Reverse Transcriptase Inhibitor (NNRTI) ;
  • (C) rPI sans Ténofovir ;
  • (D) NNRTI sans ténofovir.
    Chaque TAR excluant les autres est comparé aux trois protocoles restants.

Enfin, l’observation multicentrique du déclin rénal éventuel a été rapporté à 1 000 personnes-années [5]).

Ont été notés :

  • la co-infection par l’hépatite B et C ;
  • la prise en charge potentielle d’une hypertension artérielle et/ou d’un diabète ;
  • le taux de lymphocytes CD4 (cellules de l’iimmunité, dont la baisse est témoin du passage vers le syndrome d’immunodéficience acquise (sida)) ;
  • la charge virale (mesure du taux d’ARN VIH-1, soit estimation du nombre de virus par la génétique) ;
  • le débit de filtration glomérulaire (DFG) [6] ;
  • les médicaments administrés lors de la découverte de la séropositivité, puis ceux prescrits au fil du temps.

Des traitements statistiques adaptés aux observations multiples sur une longue durée ont permis d’examiner les associations entre l’exposition à un protocole TAR initial et le risque de maladie rénale chronique. Les auteurs émettent l’hypothèse que l’adjonction d’un rPI au Ténofovir peut diminuer la néphrotoxicité connue de ce médicament.

Les auteurs observent un taux significativement plus lent de déclin du DFG associé à un traitement antirétroviral efficace (donné rapidement après le diagnostic) : délai court pour diminution de la charge virale, délai long avant chute des lymphocytes CD4...

Cependant, le risque de développer une insuffisance rénale est lié à de moins bons résultats concenant l’infection (taux de CD4 plus bas, charge virale élevée) ainsi qu’aux maladies associées et à leurs traitements. Ainsi, l’étude suggère comme par le passé qu’un TAR efficace réduit le risque de maladie rénale chronique.

Ils constatent également un risque significativement plus élevé d’insuffisance rénale chronique modérée associé au ténofovir associé à PI/r par rapport à un protocole avec un NNRTI sans ténofovir.

Les anti-rétroviraux sont associés à un risque réduit d’insuffisance rénale chronique en association avec la restauration des lymphocytes CD4 et la suppression de la charge virale plasmatique. Cependant, très rarement, moins de 6 % des patients développent un problème rénal après 4 ans d’exposition au protocole initial Ténofovir + IP/r.


Sources

Kalayjian, R. C., Lau, B., Mechekano, R. N., Crane, H. M., Rodriguez, B., Salata, R. A., Krishnasami, Z., Willig, J. H., Martin, J. N., Moore, R. D., Eron, J. J., Kitahata, M. M., (2012), Risk factors for chronic kidney disease in a large cohort of HIV-1 infected individuals initiating antiretroviral therapy in routine care. AIDS, 26(15) 1907-15 (en ligne le 16 nov. 2012).

Voir aussi dans SidaSCIENCES, Publié le 19.06.2009 | par Claire Criton | Inist-CNRS, Minidossier : l’atteinte rénale au cours de l’infection à VIH (2009).
Extrait : "Si la toxicité aiguë potentielle du ténofovir est rare mais bien documentée, les études portant sur sa toxicité rénale au long cours sont discordantes. Il semblerait malgré tout que le ténofovir ne soit pas néphrotoxique au long cours au moins lorsqu’il est prescrit chez des patients sans insuffisance rénale préalable."

Voir aussi nos entrées Chronisanté

Rein

VIH/sida


[1] "Les cohortes sont de grands instruments de la recherche en épidémiologie, fondées sur l’étude et le suivi prolongé (plusieurs années ou plusieurs décennies) de grandes populations de sujets sains ou malades, afin d’accumuler des connaissances fiables sur leur santé. La durée du suivi est un élément capital, en conférant à la cohorte sa puissance en termes de capacité à générer et à croiser des informations." Source : Site du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR).

[2] Médiane, notion de statistique : en comptabilisant la durée d’exposition aux traitements observée chez chaque patient, c’est le point d’une courbe divisant l’ensemble des durées individuelles en deux parties égales.

[3] Ténofovir :anti-rétroviral, domination commune internationale A(DCI) Tenofovir en anglais.

[4] Inhibiteurs de la protéase du VIH (antiprotéase) : en bloquant cette enzyme, il empêche la reproduction du virus dans les cellules infectées, sans toutefois permettre son élimination, source SidaSciences, Invirase (saquinavir) et risque d’arythmie cardiaque.

[5] Addition des nombres de jours d’exposition de chaque patient à un TAR particulier, et on divise le tout par 365, pour obtenir la notion d’années.

[6] Ce débit, estimé par la créatinine du sérum sanguin, avec calcul de son élimination par une formule ajustée à l’âge et au poids, témoigne de la réelle activité des reins : c’est-à-dire son pouvoir de filtrer le sang.