(2013) Belgique : position nationale pour une réforme en profondeur de la prise en charge des maladies chroniques

Publié le 02.07.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

"Passage de la prestation de services axée sur les maladies à une prestation de services fondée sur les besoins", en ce début du XXIe siècle : le "nouvel" Observatoire des maladies chroniques (2012)  [1] est chargé de suivre les mutations (un article européen majeur dans HealthPolicy)


Maladies chroniques en hausse

Dans les pays européens, 70 à 80 % des dépenses de santé concerneraient le traitement de maladies chroniques : des auteurs belges exposent la façon dont leur système sanitaire devrait s’adapter aux besoins multiples de patients complexes.

En Belgique, 99 % de la population, saine ou "à risque", est assurée par une assurance santé obligatoire. Les statistiques montrent que les malades âgés de plus de 70 ans souffriraient d’au moins deux maladies chroniques.

Eviter les hospitalisations

C’est l’aspiration de tous les réformateurs :

Mission confiée au Centre fédéral d’expertise des soins de santé

Une approche plus globale centrée sur le patient et en considérant tous les aspects du système de santé a été reconnue. Ainsi, en 2011, le ministre de la Santé publique belge a demandé au Centre fédéral d’expertise des soins de santé - Belgian Health Care Knowledge Centre (KCE) (Bruxelles), de rédiger un document de référence sur les soins chroniques. Cette prise de position a été de formuler des propositions pour réformer en profondeur l’organisation des soins dispensés aux malades chroniques

Plans de santé publique en Europe

Des pays occidentaux se sont polarisés principalement sur ​​le traitement de maladies isolées, comme "la démence" (Plan Alzheimer et maladies apparentées en France, Ndlr) ou "le cancer", du fait de plans de santé publique spécifiques... Cette vision ciblée néglige les multimorbidités (entraînant une polypathologie). Cette "gestion" trop fragmentée des soins avec hausse de leurs coûts est une constante. Des stratégies holistiques sont déficientes.

Selon les auteurs spécialistes en santé publique [2] : des programmes spécifiques pour une seule maladie ont peu de chances d’apporter des changements profonds au sein d’un système de santé. Les experts citent un rapport de 474 pages de l’Organisation mondiale de la santé (OMS oms ) (2012) intitulé : Health Policy and systems research :a methodology reader [3], document présenté comme la "source indispensable de conseils pour tous ceux qui effectuent des recherches sur les politiques sanitaires et les systèmes de santé" [4] :
Ces plans portant sur une/ou un groupe de maladies multiplient :

(...) les investissements dans les programmes parallèles, se concentrent uniquement sur ​​les actions au niveau local, et compromettent la mise en œuvre de stratégies globales à long terme.

Bibliographie

Une approche large sur la "gestion" des maladies chroniques est alors documentée :

  • analyse de la littérature scientifique et de la littérature grise (publications d’institutions internationales, par exemple, celles de l’OMS, de l’Organisation des Nations unies (ONU), et bien évidemment de l’European Observatory on Health Systems and Policies (OES) - ou l’Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé, hébergé par l’OMS/Europe) [5] ;
  • revue systématique [6] ;
  • examen de 43 précédents articles du même centre d’expertise sur le thème des soins chroniques.

Entretiens

Principaux acteurs consultés au préalable :

  • l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) - institution publique de sécurité sociale, Ndlr ;
  • les services de santé publics fédéraux ;
  • les représentants de la santé publique.

Analyse qualitative

Celle-ci a été menée en deux étapes , pour recueillir le opinions de groupes belges. La question soulevée était les forces et les faiblesses de l’organisation actuelle des soins prodigués aux patients chroniques :
• Tout d’abord, quatre sessions de brainstorming (remue-méninges) ont été menées pour recueillir des informations auprès des associations de patients, de "fournisseurs de soins" et autres (gestionnaires, en établissements de soins de santé primaires ou secondaires [7] ;
• En deuxième lieu, séances de discussion avec les parties prenantes au niveau macro (associations de patients, décideurs, universitaires, fonds dédiés à certaines maladies, sociétés savantes, ), dans le but d’informer les chercheurs sur les points suivants :

  • faisabilité :
  • acceptation :
  • mise en œuvre dans le domaine.

Quelques propositions visant à réformer le système de santé (voir résumé d’auteur)

Outre la coordination Coordination ou l’accessibilité, parmi quelques unes des vingt recommandations (traduites en 50 points actions) :

Autres thèmes

  • Soins adaptés aux besoins des patients (voir notre chapô).
  • Ressources humaines adéquates

La mise en œuvre

Une conférence nationale présentera les données mi-2013. Les prochaines étapes consisteront à évaluer et suivre la mise en œuvre des recommandations, en particulier dans ces domaines cruciaux :

  • qualité des soins ;
  • budget...

Le "nouvel" Observatoire des maladies chroniques jouera un rôle clé dans l’évaluation des réformes.


Sources :

Paulus, D., Van den Heede, K., Gerkens, S., Desomer, A., Mertens, R., (2013), HealthPolicy, Development of a national position paper for chronic care : Example of Belgium, 111(2):105–9.
Accès au DOI (accès réservé) : http://dx.doi.org/10.1016/j.healthpol.2013.04.010

Voir aussi dans Chronisanté

Dans Info-scientif. ⇓ Médicale accompagnement

Dans Info-scientif. ⇓ Politique économique

Dans Définitions/pays —> Belgique


[1] National Institute for Health and Disability Insurance Observatory of chronic diseases

[2] En en source ci-dessus, (note méthodologique).

[3] Gilson, L. (2012), Alliance for Health Policy and systems research, World Health Organization (WHO), Health Policy and systems research :a methodology reader, Geneva,474 p.

[4] Bien que ce lourd document porte sur l’analyse des pays à revenu faible et moyen, Ndlr.

[5] Voir notamment ce document de référence, cité par les chercheurs et dans Chronisanté (Veille BDSP) : BUSSE (R.), BLUMEL (M.), SCHELLER-KREINSEN (D.), ZENTNER (A.). Tackling Chronic Disease in Europe. Strategies, interventions and challenges. Copenhague : OMS Bureau régional de l’Europe ; 2010. (Observatory Studies Series ; 20.), ou bien sur le site de l’OMS/Europe

[6] C’est une revue critique de la littérature publiée sur un sujet, en se basant sur le niveau de preuve scientifique des articles (c’est à dire la "médecine factuelle" ou Evidence-Based Medicine, ou bien encore dénommée médecine basée sur des faits prouvés, sur des preuves, sur "les preuves").
La définition suivante provient du site de référence en médecine factuelle, site du réseau francophone Cochrane :
"La revue systématique est une démarche scientifique rigoureuse de revue critique des études effectuées. Cette démarche est constituée de plusieurs étapes.
La première étape consiste à chercher toutes les études, essais cliniques ou autre étude appropriée, publiée ou non, qui ont répondu à une même question clinique précise ; par exemple, tous les essais cliniques effectués afin d’évaluer l’efficacité d’un traitement.
Ensuite, la qualité de chaque étude est évaluée et la synthèse des résultats obtenus dans les études sélectionnées est effectuée.
Finalement, si les données le permettent, une analyse statistique, appelée méta-analyse, est effectuée. Elle permet de regrouper les résultats quantifiés provenant de plusieurs études".

[7] C’est-à-dire les spécialistes et/ou les établissements de santé au sens large :
Selon le Glossaire multilingue, sur le site de la BDSP :
Soins secondaires
Conseil, diagnostic, traitement ou soins spécialisés dans une structure de soins de santé (hôpital, clinique ou cabinet privé). La spécialisation dans l’Union Européenne est strictement définie, chaque pays tenant un registre de ceux qui ont complété une formation de spécialiste dans une ou plusieurs spécialités médicales. Voir la suite.

[8] Empowerment :
Et maladies chroniques... Le terme anglais est souvent employé sans traduction en français ; rejoint de façon lacunaire les concepts d’autonomisation, de responsabilisation, d’auto-détermination, de renforcement, d’habilitation, ceux des autosoins, de l’auto-prise en charge, de l’autogestion, de l’auto-efficacité, du contrôle de sa vie...

[9] Aidant naturel :
Des aidants proches reconnus dans la prise en charge de malades chroniques, voir Charte européenne de l’aidant familial, m-à-j le 5 mars 2013 - définition : Le proche aidant ou aidant familial est donc cet homme ou cette femme, non professionnel, qui, par défaut ou par choix, vient en aide à une personne dépendante de son entourage (...).

[10] Disease management.

[11] Chronic care model.


Documents joints