(2013) Télésoins à domicile pour un meilleur suivi des maladies chroniques

Publié le 07.06.2013 | Mise-à-jour le 14.06.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Une recherche en santé publique québécoise sur les technologies de télésoins à domicile (télémédecine - télésanté Télésanté La télésanté est en bref un accès à plus de santé par des voies informatiques. , e-santé e-santé L’e-santé comprend : "l’aide à l’information, la simplification de procédures, la gestion, l’archivage, la formation, la connaissance, le conseil, la prévention, l’échange, la prise en charge, la décision, au diagnostic, au traitement, à l’intervention, au suivi, etc." Voir la rubrique "Glossaire". - en l’occurrence télémonitorage, télésurveillance) démontre que ces dernières peuvent concourir à une amélioration globale des prestations de soins


Nous reprenons le plan des auteurs :

  • • "Introduction"

Le fardeau des maladies chroniques pèse lourdement sur le système de santé canadien.

Le pourcentage de personnes atteintes (Canada) :

  • de "33 % en 2005" ;
  • "71 % pour les adultes de 60 à 79 ans" ;
  • "82 % pour les adultes de 80 ans et plus".

Douze pour cent des Canadiens avec "comorbidités" ’(polypathologies) se retrouvent représenter 44 % des hospitalisations.

L’offre de soins ne répond que de façon très imparfaite aux problèmes complexes et "multidimensionnels" des malades chroniques.

Les intervenants chercheurs observent l’introduction des télésoins à domicile dans le contexte de maladies chroniques nécessitant une surveillance continue.

Ils misent sur les effets que ceux-ci produisent sur l’amélioration des soins au sens large, grâce au continuum qu’elles introduisent dans les pratiques (dans le temps et dans l’espace).

En effet, les auteurs estiment que ces technologies demeurent en elles-seules insuffisantes pour modifier les processus de soins existants, d’où une adaptation de tous les individus : patients (auto-prise en charge, professionnels (formation et tissage de liens de travail), structures décisionnelles...

En raison de la difficulté de la problématique du contexte, du caractère muidimensionnel des besoins des malades, le processus repose en effet sur des concepts organisationnels et les technologies modernes. Les autosoins Autosoins Stratégie acquise par le patient pour gérer sa santé en vue de l’améliorer. Le malade apprend à s’autosoigner. en sont un autre aspect (auto-efficacité Auto-efficacité Sentiment d’efficacité personnelle (croyance vraie ou fausse du patient pensant qu’il est possible d’atteindre un objectif). accrue grâce au soutien téléphonique [1] proactif (voir proactivité Proactivité Exprime le comportement d’un sujet anticipateur, actif et initiateur de changements face à une dynamique de groupe. Par extension, pour une équipe en "santé", on imagine sa prise en compte de l’avenir dans ses décisions... dans le GLOSSAIRE), etc.).

  • • "Contexte de l’étude"
  • Même technologie de télésoins ;
  • dans trois sites (Québec, Manitoba urbain et Manitoba rural) ;
  • afin de permettre l’analyse intégrative (plutôt que comparative).

L’étude de grande ampleur par la précision des analyses effectuées a duré trois ans.

Types de malades : ils présentaient une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) (notamment, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO, Ndlr), une insuffisance cardiaque, une hypertension artérielle, un diabète instable.

Pratiquement, il est remarquable de citer le détail du système de moniteur local HomMed Sentry® employé plusieurs longs mois :

(...) appareils périphériques, branchés en permanence. Sentiment de sécurité (balance, thermomètre, sphygmomanomètre [2], oxymètre pour la saturation d’oxygène et pouls) et parfois : glucomètre, spiromètre [3], électrocardiographe et un système pour la mesure de la coagulation sanguine.

  • • "Méthodes"

La recherche est menée avec une méthodologie stricte : recueil de données (mais aussi entretiens, accueil téléphonique), ateliers de travail, comparaisons inter-chercheurs, etc.

Elle est décrite ainsi : [L’étude inclut] "une analyse processuelle de l’implantation et le monitorage des conséquences de l’utilisation des technologies pour les patients et pour la prestation des soins et services".

Trois sources :

  • observations participatives systématiques (comme les visites des sites et l’accompagnement des intervenants sur le terrain) ;
  • divers documents (tous..., Ndlr) ;
  • enfin, des "entrevues" longue (plus de 50 mn en moyenne - entretiens, Ndlr), avec tous les acteurs (patients, professionnels soignants, administratifs, et même... politiques).

Les patients :

  • 82 patients ;
  • surtout âgés de plus de 75 ans ;
  • 65 % : plus d’une pathologie ;
  • plusieurs patients avaient une "condition clinique" sévère dans deux pathologies ciblées ;
  • un patient était sévèrement atteint de trois des pathologies ciblées.
  • • "Résultats"

Deux volets : du coté des patients (satisfaction ?, en particulier) et du côté des pratiques (amélioration ?).

  • • "Conséquences pour les patients"

Satisfaction des patients
Les auteurs notent les concordances de toutes les études. Sans conteste, les patients se déclarent plus satisfaits après une expérience menée de télésoins.

Accessibilité aux services et visites à l’urgence
Le monitorage a permis une meilleure accessibilité à l’expertise (propre aux recommandations canadiennes, centrées sur les experts) : infirmiers à domicile et médecins ont été formés de façon adéquate. L’évitement d’un nombre significatif d’hospitalisations est à remarquer, car les "visites à l’urgence" (selon la terminologie québécoise), sont moindres. Or comme elles induisent la plupart du temps des séjours hospitaliers - exacerbation [4] des BPCO, par exemple, Ndlr.

  • • "Incidences sur le processus de prestation des soins et services"

Prise de décision clinique
Elle est améliorée grâce à une "lecture quotidienne des paramètres cliniques, une identification des signes cliniques, les réponses rapides aux alertes" (présentations graphiques aidant à l’intervention véloce des professionnels), "interprofessionnalité" et coopération entre professionnels de santé coopération entre professionnels de santé Délégation de soins dans un passé proche, il s’agit en cette deuxième décennie du XXIe siècle de coopération entre métiers de la santé au sens large. (terme utilisé en France pour délégation de soins délégation de soins En santé, il exprime le fait de déléguer une tâche, jusqu’alors dévolue au médecin, auprès d’autres soignants, au sein d’une équipe de soins de santé primaire (ou de "premier recours"). Voir définition documentée dans le Coopération entre professionnels de santé. , délégation de tâches).

Pratiques de soins
Les télésoins ont incité de façon sûre les différents intervenants à domicile à se lier étroitement. Les réseaux de travail ainsi créés ont permis une étroite collaboration entre professionnels de santé. Notamment, les infirmiers ont eu accès à des informations modifiant leur pratique, leur conférant un nouveau "pouvoir soignant", une participation accrue aux actes quotidiens : réaction face à certains paramètres, dispensation de médicaments pré-prescrits - ordonnances pré-autorisées...

L’extrait suivant est réellement enthousiasmant (Ndlr) :

Aussi, les infirmières du Québec ont perçu que l’élaboration du programme d’enseignement avait stimulé une collaboration amicale avec les médecins où tous partageaient l’objectif commun d’aider les patients à mieux autogérer leur maladie.

Modèles organisationnels adaptatifs
Mots clés (Ndlr) : créativité, opportunité, expertise, continuité des soins et services, intégration, liens, réseaux (action conjointe des professionnels, engagés), et en amont : planification.

  • • "Discussion"
  • En premier lieu : "prises de décisions partagées" (par exemple, entre médecins et infirmiers).
  • En deuxième lieu : (...) mécanismes assurant aux professionnels l’accès à l’expertise et aux compétences appropriées"
  • En troisième lieu : nécessité d’un "renforcement des liens fonctionnels entre les services de proximité et les services spécialisés" (lien ville-hôpital).

La prise de décision conjointe des patients et des professionnels est amplifiée.

Nous citons ci-après largement l’article entre guillemets :

Les auteurs soulignent que "les résultats obtenus pour ces dimensions doivent être considérés avec prudence" du fait notamment de : "’l’absence d’indicateurs précis pour caractériser les effets des télésoins sur le suivi des patients".

L’avantage de cette étude est "d’attirer l’attention sur la contribution d’une telle technologie de télésoins sur le suivi des maladies chroniques", et de "mettre en évidence l’intérêt d’étudier l’introduction de ces technologies de manière compréhensive (complète, globale, Ndlr)"

Les études futures devront adopter une "approche examinant l’ensemble des "conditions" (technologiques, organisationnelles et professionnelles)", agissant en interaction, plutôt que " l’étude isolée de l’effet de chacun de ces facteurs".

Nous pouvons constater que la difficulté de la problématique étudiée a imposé une rare complexité d’observation ("conditions interreliées" - terme vu dans l’article). Les démarches furent minutieuses, systématiques, les données "désenchaînées", puis reliées entre elles, pour tenter de comprendre comment l’introduction des télésoins rehausse le niveau qualitatif du système de soins.


Sources :

Lamothe, L., Paquette, M. -A., Jean-Paul Fortin, J. -P., Labbé, F., Messikh, D., Duplantie, J., L’utilisation des télésoins à domicile pour un meilleur suivi des maladies chroniques, Santé Publique Pratique et organisation des soins 25(2):203-11 (site Cairn.info).

Voir aussi dans Chronisanté

Dans Info-scientif. ⇓ > Innovation télésanté

Dans Modèles/ALD... >Sites Web

Voir aussi :

Dans la rubrique GLOSSAIRE

  • L’e-santé.
  • Les NTIC en santé.
  • Le DMP.
  • La télésanté.

[1] Selon les auteurs :

Dans tous les sites, des patients ont utilisé l’expression : « C’est comme avoir une infirmière à la maison ».

[2] Pour la mesure de la pression artérielle, tensiomètre (Ndlr), et pose du "brassard" très (trop) contraignant, cependant, tous les jours.

[3] Pour estimer la fonction respiratoire, Ndlr.

[4] Aggravation manifeste de la maladie pulmonaire chronique, parfois de cause infectieuse, demandant de la part du malade et du(des) soignant(s) une surveillance précise des symptômes pour déceler l’arrivée de la complication, avant urgence.