(2011) Les diabétiques sont-ils guidés par des preuves (hémoglobine glycosylée ou glyquée (HbA1c)) ou bien par des soupçons ?

Publié le 09.02.2012 | Mise-à-jour le 26.04.2013 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Plutôt que de s’astreindre à mesurer trop fréquemment la glycémie et l’hémoglobine glycosylée (ou glyquée HbA1c) : s’occuper activement de la lipidémie et de la tension artérielle ?


Un métaanalyse évalue la prise en charge du diabétique de type 2 selon le type de surveillance de la glycémie : intensive versus conventionnelle.

Le meilleur témoin d’une éventuelle hyperglycémie à ce jour est le dosage de l’hémoglobine glycosylée (HbA1c [1]). C’est un indicateur biologique permettant d’estimer la glycémie des trois derniers mois. Son taux trop élevé témoigne d’une hyperglycémie chronique, toxique pour les vaisseaux et les organes (artères, coeur...).

La grande étude passée nommée United Kingdom Prospective Diabetes Study (UKPDS) préconisait le maintien de l’HbA1c inférieure à 7 %.

On est sûr en 2012 que :

Diminuer l’hyperglycémie chronique protège les gros vaisseaux (de la macro-angiopathie ou "artérite") et vraisemblablement les micro-vaisseaux (rein et rétine, de la micro-angiopathie - insuffisance rénale, rétinopathie). Les objectifs admis : ne pas dépasser une glycémie supérieure à 6,6 millimôles de glucose par litre [2], soit environ 1,20 g de glucose par litre de sang.

Ont été examinés quatorze essais cliniques randomisés qui comptaient 28 614 participants avec un diabète de type 2 :
— > 15 269 patients "soumis" à une surveillance intensive (HbA1c autour de 6 %) ;
— > 13 345 patients avec un contrôle glycémique conventionnel (HbA1c entre 7 et 8 %).

Pour ce faire, les auteurs ont interrogé les bases de données internationales, dont Medline, EMBase, Cochraline library [3], le Science Citation Index (SCI), et quelques bases plus ciblées (la première en soins infirmiers, la seconde couvrant principalement la littérature hispanophone d’Amérique du sud et les Caraïbes) :

  • CINAHL® Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature), avec le texte intégral de plus de 770 revues indexées en soins infirmiers et "sciences connexes" ;
  • LILACS® "étendue" Literatura Latinoamericana y del Caribe en Ciencias de la Salud (Littérature Latino-Américaine et des Caraïbes en sciences de la santé)...

Grâce au Web, ils ont effectué une recherche manuelle pour recueillir, dans toutes les langues, tout essai clinique randomisé.

Ils précisent qu’ils ont longuement recherché tout article publié ou bien non publié, en contactant les auteurs des articles pertinents, les lieux des études connues, les actes de congrès, etc.

On est sûr en 2012 que :

  • diminuer l’hyperglycémie chronique protège les micro-vaisseaux (rein et rétine). Les objectifs admis : ne pas dépasser une glycémie supérieure à 6,6 millimôles de glucose par litre [4], soit environ 1,20 g de glucose par litre de sang.

Les auteurs démontrent dans cette étude de grande importance, en accès libre ci-dessous :

  • qu’à contrôler trop fréquemment la normalité de la glycémie, on s’expose au danger d’hypoglycémie ;
  • que ce contrôle intensif de la glycémie amène à 30 % d’hypoglycémies ;
  • qu’une telle complication, si elle est sévère, demande alors des soins hospitaliers et expose à des séquelles ;
  • que l’effet d’un contrôle intensif ne diminue pas la mortalité ;
  • que les reins sont moins protégés qu’on ne le pensait (en tentant une HbA1c à 6 plutôt que 7 - 7,5 %).

Les auteurs insistent alors sur deux autres facteurs de risque qui aggravent les complications du diabète et dont la jugulation constitue deux "valeurs sûres" :

Voir aussi nos entrées Chronisanté



[1] L’hémoglobine glycosylée ou hémoglobine glyquée, qui est la valeur de référence dans ce domaine, permet de savoir quelle a été la glycémie sur les 120 derniers jours (durée de vie des hématies - globules rouges) : sa valeur augmente ainsi avec la fréquence des épisodes d’hyperglycémie sur cette période. Elle est la preuve de la fixation du glucose sur la globine (protéine) de hémoglobine, augmentant en cas d’hyperglycémie.

[2] Une millimôle par litre représente 18 milligrammes par décilitre. Ainsi, on retient une glycémie inférieure à 1,18 grammes par litre - autour de 1,20 gramme par litre. Une glycémie supérieure à 1,26 gramme par litre est d’ailleurs la donnée utilisée pour diagnostiquer le diabète, en 2012.

[3] Base de données réunissant les articles de sciences médicales fondés sur des faits prouvés.

[4] Voir note 1.