Pas le temps d’être malade ? Mais alors : "Surveillez dès aujourd’hui vos artères !"

Publié le 21.04.2011 | Mise-à-jour le 05.05.2011 | par Hélène Fagherazzi-Pagel

Les bénéficiaires du régime social des indépendants (RSI) âgés ont un taux de déclaration en affection de longue durée (ALD) "élevé"


RSI versus RG

Une assurance santé assure la protection des travailleurs indépendants (TI, artisans, commerçants, industriels et professions libérales) - et de leur famille. Il s’agit du régime social des indépendants (RSI) qui couvre 3,4 millions de personnes en France (versus le régime général (RG) dont relèvent environ 57 millions de travailleurs salariés (TS), retraités ou autres - proches, enfants, etc.) [1].

Exonération du ticket modérateur ticket modérateur Le patient paie une proportion du coût total. pour tous

La législation des affections de longue durée (ALD30) est commune aux deux "régimes" (voir notre rubrique ALD ci-contre).

Une extraction automatique des données ALD30 concernant ces assurés sociaux RSI a été comparée en 2008 aux personnes du RG.

Taux d’ALD des TI significativement supérieur à celui des TS

Àprès ajustement statistique extrêmement précis (âge/sexe) [2] on constatait, comparativement au RG, un "taux global d’admission en affection de longue durée (ALD) supérieur pour les hommes âgés de 60 ans et plus et les femmes âgées de 75 ans et plus".

En, précisant les pathologies les plus fréquemment observées, les auteurs proposent réellement de conseiller à leurs tous nouveaux inscrits à ce régime social des indépendants (RSI) : "Surveillez dès aujourd’hui vos artères", d’où notre titre...

Voici les données concernant ces maladies en particulier :

  • ALD n° 8, diabète : + 3 % ;
  • ALD n° 12, : hypertension artérielle sévère : + 11 % ;
  • le groupe des ALD n° 15 et 16, "maladie d’Alzheimer et autres démences ; maladie de Parkinson" : + 12 %
    Les auteurs relient ces maladies aux problèmes d’hypertension artérielle mal traités et à tous les autres facteurs de risque cardiovasculaires mal prévenus ;
  • et le groupe des ALD n° 1, 3, 5 et 13 [3] dites "affections cardio-vasculaires" : + 28 % !.

Pour ceux qui ont effectué cette recherche (notamment deux médecins conseil), il s’agit d’une préoccupation de santé publique. Elle devrait amener à de nouvelles méthodes de prévention. Selon eux, les conditions de vie et de travail, le stress, la négligence - des facteurs de risque cardiovasculaires - semblent en être à la cause.

Les auteurs signalent qu’ils n’ont pas eu accès aux métiers, ce qui aurait pu ouvrir des pistes de réflexion sur la fragilité par type d’activité professionnelle.
De plus, sans médecine du travail, sans suivi en accident du travail, sans la possibilité de reconnaissance en maladie professionnelle, les TI sont aujourd’hui une catégorie socioprofessionnelle en danger relativement au reste de la population.

Dans le jargon adéquat : prévention primaire, secondaire et tertiaire [4] trouveraient toute leur place aujourd’hui parmi cette population défavorisée sur le plan de sa santé.


Sources :

Sauze, L., Ha-Vinh, P., Régnard, P. (2011) Affections de longue durée et différences de morbidité entre travailleurs salariés et travailleurs indépendants, Pratiques et Organisation des Soins, 42(1), 1-9.

Voir aussi site web : "les ALD", pour les médecins, sur le site Ameli

Voir aussi sur Chronisanté


[1] France : 63 millions d’habitants en 2006. Les personnes qui dépendent du régime agricole ne sont pas étudiées ici.

[2] "(...) standardisation directe, [...] population de référence [...] proche des populations à comparer : la population française recensée par l’Insee en 2006".

[3] ALD n° 1 : accident vasculaire cérébral invalidant ; ALD n° 3 : artériopathies chroniques avec manifestations ischémiques ; ALD n°5 : insuffisance cardiaque grave, troubles du rythme graves, cardiopathies valvulaires graves ; cardiopathies congénitales graves ; ALD n°13 : maladie coronaire.

[4] Voir le Glossaire européen multilingue sur le site de la Banque de données en santé publique (BDSP) :

  • Prévention primaire
    Actions visant à réduire la fréquence d’une maladie ou d’un problème de santé dans une population saine, par la diminution des causes et des facteurs de risque. L’incidence correspond à l’apparition de nouveaux cas.
  • Prévention secondaire
    Actions visant à la détection et au traitement précoces d’une maladie ou d’un problème de santé. La prévention secondaire consiste à identifier la maladie ou le problème de santé à son stade le plus précoce et à appliquer un traitement rapide et efficace pour en circonscrire les conséquences néfastes.
  • Prevention tertiaire
    Actions visant à réduire la progression et les complications d’une maladie avérée ou d’un problème de santé. Elle consiste en mesures destinées à réduire les incapacités, les invalidités et les inconvénients et à améliorer la qualité de vie. La prévention tertiaire constitue un aspect important des soins médicaux et de la réhabilitation (on pense ici à l’éducation thérapeutique des diabétiques, par exemple).